Aujourd’hui c’est dimanche. Je reçois Evelyne Dress, Actrice, Réalisatrice, Productrice et Auteure

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Quel plaisir d’avoir pu interviewer Evelyne Dress. Je la connais depuis longtemps et en quittant Paris, je l’avais perdue de vue, tout en la suivant de loin en loin. Avant, je la croisais fréquemment car nous habitions le même quartier. J’aimais la saluer, échanger quelques mots. Evelyne est une matinale, discrète, qui aime se balader dans Paris.

Je l’ai retrouvée grâce à la magie de FaceBook et Evelyne n’a pas changé. Toujours aussi jolie, toujours aussi souriante et à l’écoute. Et quel parcours !

 Vous venez ? C’est dimanche….

Bien sûr tout le monde se souvient du film « Et la tendresse ? Bordel ! ». Justement elle nous en parle. Moi je me marre à l’évocation de Jean-Luc Bideau et de son plaid à carreaux. Je ne sais pas si vous vous en souvenez aussi. Laissons la parole à Evelyne.

« Oui, c’est le film qui m’a fait connaître du grand public et, aussi, de la profession « Et la tendresse ? Bordel ! »

Le film est sorti en 1979 et il a été un immense succès. J’y étais aux côtés de Bernard Giraudeau qui jouait mon mari et de Jean-Luc Bideau (que j’ai ensuite retrouvé en 1987 dans un feuilleton en six épisodes de Serge Korber avec Annie Girardot « Florence ou la vie de Château » et que j’ai engagé en 1992 dans le film que j’ai réalisé « Pas d’amour sans amour »). Ce film, devenu culte, a fait de moi, du jour au lendemain, une comédienne connue et reconnue, alors que je jouais depuis 10 ans au théâtre, au cinéma et à la télévision.

Chère Evelyne, comme je le disais en introduction, je vous connais depuis longtemps, comme bon nombre d’entre nous, pouvez vous  me raconter comment vous êtes venue à l’écriture et ce que vous avez commencé à écrire ?

C’est une longue histoire. Jeune, je n’avais qu’une ambition : devenir comédienne. Pour se faire, j’ai passé le concours du Centre de la rue Blanche en 1966 et j’ai été reçue du premier coup. J’ai fait trois années d’études studieuses où j’ai tout appris du métier.

Mon rêve était de faire une carrière à l’Américaine. Je voulais être Dean Martin, Liza Minnelli, Frank Sinatra, faire rire, pleurer, danser, chanter… J’ai eu la chance de très vite jouer de grands textes « Le marchand de Venise » avec Claude Dauphin au théâtre Edouard VII, « Largo Desolato » de Vaclav Havelau au théâtre La Bruyère, mais, aussi, des comédiens musicales « Plantons sous la suie » au Café de la Gare et de faire des « One woman show ».

Et puis en 1987, on m’a demandé d’animer une émission de télé et de radio, tous les soirs de minuit à 1h du matin : « Entrez sans frapper », à la fois sur Antenne 2 (c’était le nom de France 2 à l’époque) et Europe n°1.

J’ai adoré cet exercice, mais pour le métier du cinéma, j’étais devenue « animatrice à la télé ». Il faut se replacer dans le contexte de l’époque où chacun devait rester dans sa case. Surtout, une femme.

Après cette expérience, j’ai pris une année sabbatique pour réfléchir au tour que je voulais donner à ma carrière.

Et pendant cette période de jachère, j’ai découvert que j’étais capable de peindre. Une révélation, une naissance, même !

J’avais toujours été un « objet », n’existant que dans le regard des réalisateurs et des metteurs en scène. Soudain, je devenais « moteur » de ma vie. J’étais capable de créer !

Très vite, ma peinture est sortie de chez moi, j’ai été exposée deux fois au Grand Palais, j’ai eu des Prix, des médailles, des expositions personnelles. Je suis devenue invincible !

Pendant cette période,je suis tombée sur un texte qui m’a bouleversée : « Le boucher » d’Alina Reyes. Rien à voir avec le film de Chabrol, mais tout à voir avec un best-seller publié par le Seuil qui racontait les fantasmes sexuels d’un boucher pour sa caissière, raconté par la caissière. En fait, il s’agissait d’un grand texte sur la chair et la chair, sur la vie et la mort.

Je n’ai trouvé personne pour m’accompagner dans cette aventure. J’ai donc dû produire le spectacle. Et en septembre 1989, je l’ai jouéau Bataclan avec Rufus. Ce fût un électrochoc,car en 1989, Eve Enslern’avait pas encore écrit « Les monologues du vagin » !

Pendant que je montais ce spectacle, la nuit, j’écrivais un scénario de film « Pas d’amour sans amour » pour parler de cette génération qui a lutté pour son indépendance sexuelle, sociale, intellectuelle et qui se retrouve 20 ans plus tard à se dire : « Bon, et alors, qu’est-ce qu’on a? »

Une fois de plus, je n’ai pas trouvé de producteur et j’ai dû monter ma propre société de production : « Pas d’amour sans amour »est un film que j’ai produit et réalisé avec Patrick Chesnais, Gérard Darmon, Martin Lamotte, Michel Duchaussoy, Jean-Luc Bideau, Aurore Clément, Dora Doll, Pascal Rocard, Valérie Steffen, etc… et je tenais le rôle principal.

J’avais écrit, produit, réalisé, joué, je n’avais qu’à distribuer mon film !

Par un concours de circonstance incroyable, un Directeur littéraire de chez Plon a vu le film en projection et m’a demandé d’écrire le roman.

Le roman est sorti en novembre 1993, en même temps que le film. Il a été un énorme succès de librairie et le film a fait 150.000 entrées en salles et 7.129.080 téléspectateurs, lors de son premier passage sur France 2 !

Plon  m’a donc demandé si j’avais envie d’écrire un autre roman.

J’ai proposé le synopsis de « La maison de Petichet » : le roman est sorti en décembre 1996.

Ensuite, j’ai enchaîné : « les tournesols de Jérusalem », « Le rendez-vous de Rangoon », « Les chemins de Garwolin » et je suis en écriture du prochain.

(Je vous propose de regarder le portrait que Philippe Chauveau a fait de moi pour Web Tv Culture: https://www.youtube.com/watch?v=SwIGXxCQd70)

Faisiez vous lire à quelqu’un ce que vous écriviez ou écriviez vous des choses que vous ne montriez à personne ?

J’ai toujours été l’écrivain public de la famille. Ma grand-mère maternelle qui était hongroise et ne maîtrisait pas bien le français, était une sorte de mère maquerelle qui faisait se rencontrer des couples illicites et elle me demandait d’écrire les lettres pour organiser les rendez-vous. J’ai raconté cette anecdote dans « La maison de Petichet ».

Evelyne, lisiez vous quand vous étiez enfant et adolescente ? Aviez vous des auteurs préférés ?

J’ai dévoré des écrivains dont les noms sont sans doute oubliés aujourd’hui, mais qui savaient écrire des histoires: A.J. Cronin « Les Clés du Royaume »,Pearl Buck « Pivoine », John Knittel « Via Mala », et Pierre Benoit, « Vipère au Poing » la dernière phrase du livre est devenue ma devise : « Merci ma mère, vous avez fait de moi, un homme qui marche une vipère au poing ». Plus tard, j’ai lu Jack Kerouac « On the road » et bien d’autres.

Avez vous écrit autre chose que des romans ?

Des poèmes et des chansons et plusieurs « One woman show » à l’époque où ça n’existait pas.

Comment vous est venue l’idée de publier ?

Je n’avais jamais pensé à écrire des romans, je ne savais même pas que j’en étais capable. J’écrivais des lettres, des choses courtes… toutefois, dans un coin de ma tête, je me disais que plus tard, lorsque je serai vieille, très vieille, que je n’aurais plus rien d’autre à faire qu’à attendre la mort, je prendrai le temps d’écrire ma vie. C’est arrivé plus tôt que prévu, mais je n’écris pas d’autobiographie, les histoires de comédienne ne m’intéressent pas, j’ai envie d’emporter mes lecteurs loin, très loin du quotidien et de les pousser à réfléchir au sens de la vie.

Evelyne, est ce vous qui concevez vos couvertures de livres ? 

Oui, toujours, même lorsque j’étais chez Plon, je les suggérais. Je pense être la mieux placée pour savoir ce qu’il y a dans mes romans.

Eric Martini qui dirige les éditions Glyphe m’a fait confiance et je lui ai proposé des couvertures pour les deux rééditions : « Le rendez-vous de Rangoon » et « Les tournesols de Jérusalem », ainsi que celle de « Les chemins de Garwolin ».

Vous êtes très sollicitée : tv, radio, presse, salons, dédicaces….Pouvez-vous en parler en quelques mots ? Me donner votre ressenti ?

Je conçois mon métier d’écrivain, comme celui de comédienne. Je sais trop combien il est important à la sortie d’un film que les acteurs se prêtent au jeu de la promotion. Je réponds donc à toutes les demandes de dédicace, tant en librairies qu’en salon. C’est un énorme investissement en terme de temps, mais je crois que ça en vaut la peine, car il me semble important de faire connaître mon travail en province et pas uniquement à Paris. En tout cas, c’est le pari que j’ai fait avec « Les chemins de Garwolin ».

Avez déjà eu l’occasion d’être invitée en tant qu’écrivain à l’étranger ?

Je viens d’aller dédicacer à Bruxelles.

Pouvez-vous me parler, en quelques mots, de chacun des livres que vous avez publiés ?

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Pas d’amour sans amour : après une rupture difficile, Eva, célibataire de quarante ans, et trois ans d’abstinence sexuelle, part en quête d’une nouvelle âme sœur. Une chronique sur la génération qui a voulu échapper au schéma parental en vivant sa révolution sexuelle et qui finalement se retrouve avec le goût amer de la solitude.

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La maison de Petichet : 1958  D’été en été, dans la maison de Petichet, on s’aime, se déteste, se trompe, on efface tout et on recommence. Il y est question de l‘amour à contretemps, la rivalité entre deux sœurs, la traversée des « années twist », la nostalgie de nos « saisons campagne », la révolution extraordinaire qui a changé le comportement des hommes et des femmes.

 

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Les tournesols de Jérusalem :1897 – Ana Oïzerman a vingt ans lorsqu’elle rencontre Lucien Dupuis. Convaincus d’être les deux moitiés d’une même âme, les jeunes gens se marient en dépit de leurs différences sociales et religieuses : Ana est la fille d’un violoniste juif mondialement connu ; Lucien, le fils d’un riche négociant en vin bordelais, catholique. Commence alors, pour le couple éperdument amoureux, une existence insouciante, pimentée d’une sensuelle connivence. Mais leur bonheur est brutalement remis en question…


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Le rendez-vous de Rangoon : 2003 – Thérèse est animatrice à la télé. À trente-trois ans, lasse des faux-semblants, des préjugés et de la superficialité de la vie parisienne, elle décide de tout plaquer et prend un billet pour le bout du monde. Le bout du monde, pour elle, c’est la Birmanie.

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Les chemins de Garwolin : 2013 – Après le décès de son père, Sylvia Gutmanster se lance à vélo dans un pèlerinage à travers la Pologne, sur les traces d’une enfance qu’elle veut ranimer. Mais ce qui est demeuré invisible doit peut-être le rester.

Trois thèmes traversent mes romans : c’est quoi être juif ? La recherche de sa moitié d’âme, le destin.

Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ?

Nous n’étions pas riches et tout le temps était consacré au travail et les livres étaient trop cher. C’est ainsi que je n’ai pas la culture BD.

Y a-t-il des moments précis où vous écrivez ? Vous astreignez vous à une discipline ?

Je n’ai pas besoin de discipline. Je me lève tôt. J’adore par dessus tout le petit jour, ce moment où le temps n’appartient qu’à moi. Autrefois, lorsque je n’écrivais pas, j’allais me promener dans Paris à l’heure des poubelles. Aujourd’hui, je me lève et mon premier réflexe est d’allumer mon ordinateur. Ensuite, je prépare mon petit-déjeuner et je commence tout de suite à écrire, ou au moins, à réfléchir à ce que je vais écrire.

Dernière question, est ce que selon vous l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Oui, bien sûr. Qu’il s’agisse d’écrire dans le seul but de distraire, ou bien d’inviter les lecteurs à réfléchir. J’essaie de marier les deux exercices.

 

 

Le petit questionnaire façon Amélie Poulain

Evelyne aime

  • la loyauté

Evelyne n’aime pas

  • le mensonge
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