Cyril Massarotto, l’auteur dont on voudrait qu’il soit notre frère….

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Je vous préviens de suite les filles, Cyril et moi c’est une longue histoire et ne comptez pas sur moi pour vous raconter quoique ce soit.

Non mais des fois, manquerait plus que ça tient. Calmez vous jeunes lectrices, Cyril a l’âge de mon frère.

Autant vous dire qu’il m’énerveuuuuu et que j’ai dû le menacer de diriger un missile vers lui : « même pas peur » m’a-t’il dit. Alors j’ai menacé de diriger  deux missiles : « toujours pas peur ». Le troisième missile l’a convaincu que, peut-être, je pourrais bien mettre ma menace à exécution. Appuyer sur le bouton départ direction la casa Massarotto.

Oui je sais, vous allez me demander pourquoi tant de haine et pourquoi je veux absolument faire parvenir depuis mon doux sud-ouest un missile à ce garçon gentil, amusant, tendre, etc. C’est que voyez vous, j’ai passé l’été à lire du Cyril Massarotto. J’ai passé deux semaines à Hourtin à me marrer sur ma serviette de bains sous le regard intrigué des autres vacanciers.

Me marrer ? Pas seulement. J’ai pleuré aussi. Oui je me suis faite cueillir comme une fleur à la lecture de ses romans. Cueillir au moment où je ne m’y attendais pas.

Cyril n’est pas seulement un gars qui se marre, ou qui écrit des livres mettant en scène d’autres garçons qui se marrent. Enfin qui ont l’air, comme ça de se marrer, de prendre la vie bon an, mal an. Bon j’avoue, les garçons lui ressemblent étrangement. Ça met encore plus de piment quand on le connait « en vrai ». Mais quand même.

J’ai lu un livre. Puis deux. Puis trois. Puis quatre. Comme ça, successivement. J’allais chercher ses livres à la librairie de Montalivet.

« Ben dites donc » me dit la libraire « vous avez l’air d’aimer ».

Aimer ? C’est rien de le dire. J’adore.

Du coup, j’ai souhaité le rencontrer encore une fois. Parler avec lui. Faire un joli portrait. Mais pour ça gentes dames, sachez qu’il faut avoir une patience…une patience…une patience…..

Ho et pis zut tiens, je vous dis qu’il m’énerve ce Cyril….rhooo…allez venez le découvrir:))

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Cyril, peux-tu me raconter comment tu es venu à l’écriture et ce que tu as commencé à écrire ?

Je suis venu à l’écriture sur  le tard.  A 30 ans je crois. Et si j’y suis venu tard c’est parce-que je suis venu à la lecture, sur le tard également. C’est-à-dire qu’à 25 ans, je n’avais rien lu en fait. Je n’avais lu que les lectures obligatoires du collège, puis du lycée.

Et puis, j’ai été engagé comme pion dans un lycée justement,  et je m’ennuyais vachement. Je surveillais la cafétéria, et un jour j’ai poussé la porte de la bibliothèque histoire de passer le temps, et j’ai pris un Maupassant.

Et j’ai kiffé.

Puis j’ai pris un Houellebecq et j’ai surkiffé.

Au bout de 5 ans de lecture, mais à fond, de façon intensive tu vois,  j’ai eu envie d’écrire.

J’avais quand même une petite expérience de l’écriture puisque j’écrivais des paroles de chansons depuis  mon adolescence. J’ai eu plusieurs groupes, un groupe de métal, puis un groupe de chansons françaises avec lequel  on a fait pas mal de choses, dont un album.

Donc, j’avais une expérience de l’écriture mais pas de l’écriture d’un roman.

Et puis un jour, j’étais dans mon bain, une phrase est venue comme ça, comme ça m’arrivait souvent lorsque je composais mes chansons, cette phrase était « Dieu est un pote à moi ». Mais tu vois, là j’ai  compris que ce ne serait pas une phrase pour une chanson.

Et j’ai écrit tout de suite un dialogue qui est le dialogue d’ouverture du roman.

Voilà comment je suis venu tout simplement à l’écriture.

Et tu l’as fait lire à quelqu’un ?

Je l’ai fait lire à mon père, et à celle qui allait devenir mon épouse. Puis  je l’ai envoyé directement par La Poste. Ça paraît vaniteux de dire ça, mais j’ai eu confiance en mon texte et coup de chance, ça a matché tout de suite avec la maison d’éditions.

Pour en revenir à la lecture, tu ne lisais pas du tout étant gosse ou adolescent ?

Tu sais l’éducation nationale m’a dégoûté de la lecture. Pour moi, lire était une obligation qui ne visait qu’à une chose : être noté. Donc non.

Ma mère, elle,  lisait beaucoup. Mais moi non. C’était la musique.

Qui sont tes auteurs préférés, Cyril ?

Céline et Houellebecq. Je lis d’autres auteurs du monde entier,  mais ceux-là sont mes auteurs préférés.

Écris-tu autre chose que des romans ?

Non, je n’écris que des romans. Je n’écris rien d’autre.

Comment t’es venue l’idée d’être publié ?

L’idée d’être publié ? Je n’ai jamais envisagé d’écrire sans être publié !  A  partir du moment où j’écrivais c’était pour quelqu’un.

Si on écrit pour soi ça ne sert à rien d’écrire. Il suffit de réfléchir dans ce cas-là mais pas d’écrire. Moi j’ai forcément  écrit dans l’idée d’être publié. Ça s’est fait concomitamment et, selon moi, très logiquement.

J’aime beaucoup tes couvertures de livres. Est-ce toi qui les conçois ?

Non,  sauf pour le dernier. Ma femme est graphiste. Et j’avais une idée, un visuel qui a été accepté de suite par ma maison d’éditions.

As-tu déjà eu l’occasion d’être invité en tant qu’écrivain à    l’étranger ?

Au salon du livre de Taipei à Taïwan, ça a duré une petite semaine. C’était juste formidable.  Voilà, j’ai passé   une semaine extraordinaire. C’est un des plus beaux souvenir de ma vie. Un souvenir génial. J’ai aimé ces gens, à la fois pour  leur rapport aux livres, à la culture, à l’Occident, et pour mon rapport à eux, à leur nourriture, à leur culture. Ce fut une semaine de rêve.

Quelle place la lecture occupait-elle chez tes parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ?

La lecture dans ma famille… C’était surtout ma mère qui lisait des Agatha Christie. Elle avait toute la collection ! Toute mon enfance j’ai vu ma mère avec un livre jaune orangé, le masque et la plume entre les mains. Ça m’a vraiment marqué.

Mon père c’était l’Équipe, Midi Olympique, le journal local, le Monde.  Tu vois, mon père c’était la presse et les magazines.

Cyril, y a-t-il des moments précis où tu  écris ?

Oui il y a des moments précis où j’écris. J’écris à minuit pile. J’écris jusqu’à trois heures et demie, quatre heures. Au début, j’écrivais jusqu’à 2h30 du matin mais avec l’expérience et l’âge,  j’arrive à écrire  plus longtemps.

J’écris sur la table de mon salon, sur mon ordinateur, avec une lampe au-dessus moi. Il n’y a pas de télé, pas de musique, pas de téléphone.  Seul au monde, dans ma bulle. Il n’y a que comme ça que j’arrive à écrire.  J’ai essayé dans les trains, dans les cafés, ça ne fonctionne pas.

Comment te vient l’idée d’un roman ?

Comment me vient l’idée d’un roman…Il n’y a pas de règle.

Un roman m’est venu pendant mon sommeil, l’idée m’a réveillé.

Un autre pendant que je nageais.

Un autre m’est venu dans mon bain.

Un autre en voiture, je me souviens même exactement de l’endroit où j’étais au mètre près.

Aucune régularité, aucune logique, j’ouvre le robinet à inspiration et j’attends que ça vienne et ça tombe quand ça en a envie.

Qui t’inspire pour tes romans ?

Honnêtement rien de précis. C’est-à-dire que je  me nourris des gens que je rencontre, mais je ne me dis pas que tel personne va être tel personnage.

Pour mes héros je m’inspire de moi au niveau de mon caractère. Mes personnages, j’aime les inventer de toutes pièces mais, par contre pour  les expériences j’aime bien récupérer des choses que j’ai vues et entendues.

Une dernière question, est ce que selon toi l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Je pense qu’avec le temps, l’écriture n’est plus ni un témoin, ni un acteur. L’utilité sociale de l’écriture a disparu sans doute après Zola. Je crois. Ça fait plus d’un siècle.

Après, ça fait du bien de se dire que Sartre, tout ça, font qu’il y a des idées qui changent des gens, qui changent la société, mais non, honnêtement je n’y crois pas.

Tu vois s’il y a un dîner intelligent, une conférence, je pourrais jouer le jeu.  Je saurais le faire et mentir mais un écrivain, à mes yeux, n’est qu’un artiste et c’est déjà pas mal.

Et pour moi la politique est l’ennemi de l’art. Du moment où une œuvre, qu’elle soit littéraire, musicale, etc., a un message politique et bien je trouve qu’elle est très largement diminuée. Les contre exemples sont très, très rares.

Le questionnaire façon Amélie Poulain

Cyril aime

Les amis, la famille, bien manger, le cinéma, la littérature, l’amour, et dormir…ça fait sept…

Cyril n’aime pas

Les choses que j’aime pas, je n’en parle pas, ça leur donne de l’importance. J’élude ces choses là.