Rencontre avec Serge Corrieras, le voleur d’âmes….Photographe au Grand Coeur

Portrait réalisé par Marie Nel http://marienel-lit.over-blog.com/ et Margaux Gilquin

Par quoi dois-je commencer ? Comment dois-je commencer ? A quoi je pense, si je pense Serge Corrieras ?

Je me cale au fond de mon fauteuil, j’écoute le tic-tac de l’horloge ancienne, le feu qui crépite et je ferme les yeux. Je restitue l’ambiance.

Où ai-je connu Serge ? A Préface en Blaye, le salon du livre.

Qu’ai je retenu de lui ? Un type barbu, biker un peu fou, un peu pas là mais tellement présent,  arpentant le Salon du livre Préface à Blaye,  l’appareil photo en bandoulière, à la recherche  d’âmes à capturer car c’est ainsi que Serge se définit. Un voleur d’âmes.

Je me souviens ses allées et venues, l’air de rien mais l’oeil en éveil, sachant très bien ce qu’il venait chercher dans le Couvent des Minimes de la Citadelle, mais ne sachant comment convaincre ses futurs modèles de le suivre dans le cloitre afin  qu’il puisse se saisir de leur âme. Et c’est ce qu’il a fait. Il a saisi mon âme puisque tous les amis qui ont vu la photo qu’il a réalisée me l’ont dit. Se sont extasiés. Ont aimé  cette photo. Et moi je sais qu’elle est la restitution parfaite du moment présent. Et je sais pourquoi.

J’ai beaucoup joué avec les photographes durant quelques mois. Celui d’un grand magazine particulièrement, et lorsque Serge a fait les clichés, j’ai de suite joué avec l’objectif, avec le vent, avec la lumière, la façon de se placer, de regarder. Serge a compris rapidement qu’il n’aurait pas à voler mon âme. J’allais la lui offrir.

Voilà oui je me souviens très bien.

J’ai rencontré un photographe comme je les aime, au sourire doux, au regard gourmand.

Merci Serge pour ce moment fabuleux.

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Pouvez-vous me raconter comment vous êtes venu à la photo et ce que vous avez commencé à photographier ?

En fréquentant un bar dont le patron était fondu de photo (surtout collectionneur d’appareils), à côté d’un photographe-studio, et la fréquentation d’un ami photographe, pigiste pour Corse Nice Matin.

Je dois te préciser qu’à 14 ans, je faisais l’ouverture d’un bar, tous les matins jusqu’à l’apéro du midi à Ajaccio.

J’ai quand même eu un bac lettre en 76, à la suite de quoi, j’étais inscrit en lettres modernes à l’université de Valence, mais ai plutôt fréquenté le milieu motard délinquant que la fac. Donc retour en Corse où j’ai  enchainé des petits boulots : camelot-vendeur de bijoux-pacotille sur marché, Bâtiment, mécanique, télégraphiste pour la poste, barman, serveur, disquaire. Grâce à ma culture de la musique, surtout dans le domaine du Blues, du Jazz, de la soul, du funk, vite embauché comme DJ dans divers night-club en Corse et donc fréquentation du milieu nocturne et de la pègre, les armes, la came, etc…jusqu’à avoir des problèmes judiciaires et une condamnation.

Amnistié grâce à l’élection de Tonton en 81. Il était temps de prendre le large et me suis retrouvé saisonnier à Avoriaz comme barman/serveur et encore le milieu de la nuit. Je faisais des photos pour mon plaisir avec un Minox 35 GT et donnait mes films à développer au seul studio de la station qui pratiquait ce qui s’appelle du filmage (shooting des touristes sur les pistes, mais aussi restaurants, bars, nights).

Comme ils avaient observé que je me démerdais pas mal avec mon Minox et que j’étais tous les soirs en bringue, ils m’on fournit un reflex professionnel Contax avec flash Metz et en avant Sergio. J’y allais de bon coeur, faisait du rentre-dedans, photos de brute mais avec une certaine approche et psychologie. Je suis devenu le meilleur vendeur de la boutique. A la fin de la saison, j’avais du fric, acheté le matos qu’on m’avais prête et décidé à ne plus me consacrer à ça.  Grace à un passé professionnel, avec fiche de paye, etc, j’ai pu suivre une formation à L’ETPA de Toulouse (Ecole Technique Privée audiovisuel) où j’ai reçu une excellente formation technique.

Serge,  vous faisiez beaucoup de photos étant ado ?

Non pas du tout ! Ado je faisais du sport (cross-country / handball / judo) et déjà du 2 roues à moteur.

Quelle place la photo occupait-elle chez vos parents ?

Mon père faisait des photo en Kodachrome avec une rétinette Kodak pendant les vacances et au retour du dev, c’était le diaporama.

J’ai une question Serge, comment vous vient l’idée d’une photo ?

D’une image dans la rue, au supermarché, d’un visage rencontré, d’une situation…

De qui vous inspirez vous pour vos modèles ?

De mon environnement, la rue. Ceci dit, j’ai une culture photographique , artistique et littéraire qui n’est pas à négliger. Et puis j’aime l’humain. J’aime capturer l’âme. Je suis diabolique ! Tu sais, ça a rien à voir avec ta question, mais on n’a pas parlé musique mais j’aime le blues, le jazz, le rock. La musique a aussi une place importante dans ma vie.

Préférez-vous la photo couleur ou noir et blanc ? Des portraits ou des paysages ?

Ma préférence va au N&B mais j’estime que ce n’est un critère de qualité. Un image merdique en N&B, comparée à une bonne image couleur, c’est l’image qui prime. Et il faut se souvenir que depuis l’invention de la photographie, on s’est efforcé à restituer la réalité et dépasser les peintres sur cet aspect. Merci Nicephore Niepce et Ducaux Du Horon.

Avez-vous créé des livres suite à vos photos ? Si oui, lesquels ?

Oui, sur internet, non publié sur papier avec mon pote écrivain Thierry Poncet.

Contribution à des divers ouvrages de librairie( Pol Pot by Philip Short, Novellas by Didier Daeninckx, Portrais – Libé)

Avez-vous déjà eu l’occasion d’être invité en tant que photographe à l’étranger ?

Oui, en Italie : conférence à l’université de Bolzano et diverses expos,

Foreign Correspondent Club Phnom Penh- Cambodge, FFCC Bangkok

 

D’après mes recherches, vous partez au Cambodge en 1991, vous serez d’ailleurs présent lors du retour de l’ancien dirigeant du régime des Khmers rouges, pourriez-vous nous raconter cette période importante dans l’histoire de ce pays, vos conditions de travail ?

Bad conditions, dangerous, but fun !

Du coup ça m’amène à une remarque : est-ce que selon vous le photographe a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Sur, c’est un rôle fondamental de témoin de l’actualité et de son époque. Nous sommes des historiens

Quel est, ou quels sont les pays que vous auriez aimé photographier ? Et pourquoi ?

Afghanistan, Chine,Yemen, Turquie, Syrie, Libye, Mexique, que des pays tranquilles, en somme. Et pourquoi pas la Suisse ou le Luxembourg

De la  photographie au film, il n’y a pas un grand pas, l’avez-vous franchi ? Quel est votre rôle dans ce cas ?

Oui, co-réalisateur d’un documentaire et surtout au cadrage.

Racontez-nous votre projet Serge ? En quoi vous touche t’il ?

A 60 balais, malgré un background assez chargé, je crève la misère et bien que volontaire pour l’Afghanistan, la Syrie, la Lybie, etc auprès des Nations Unies, niente, nada. Ca me fout les boules ! Maintenant, il faut s’auto-financer, avec les risques et les frais que cela comporte pour réaliser un reportage en zone de conflit ou autre*. Les canards ne donnent plus de ce qui s ‘appelait des garanties, ni les agences.

* un pote médecin Corse (ex-toxico),  que je connais depuis una vita (on fumait des joints derrière la statue de Napoléon à Ajaccio) qui exerce dans les quartiers Nord et donc soigne les toxicos et les putes m’a dit de laisser tomber. Ca peut le mettre dans la merde et risque de me prendre une bastos.

Le projet le voici…. country-doc-texte

 

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