Portrait de Julien Sandrel, l’auteur de La Chambre des Merveilles

 

La rencontre avec Julien Sandrel a été un instant de pure magie. Ce garçon gentil, délicat, timide, simple et généreux a accepté ma proposition de portrait le plus simplement du monde.

Nous avons longuement échangé avant de le faire, et Julien a eu la patience de m’attendre, de me répondre. De me répondre encore et toujours avec le sourire.

Je suis très heureuse de vous présenter Julien Sandrel à l’occasion du succès de son livre « La chambre des merveilles » dont Magali et moi ferons une chronique un peu plus tard, pour le moment je vous laisse découvrir Julien.

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Bonjour Julien, pouvez-vous  me raconter comment vous êtes venu à l’écriture et ce que vous avez commencé à écrire ?

J’ai toujours voulu écrire. C’était un rêve de gosse, en quelque sorte. Quand j’étais enfant et qu’on me posait la question rituelle : « qu’est–ce que tu veux faire quand tu seras grand ? », je répondais invariablement écrivain ou metteur en scène.

Cette envie, ce besoin d’écriture est revenu en force il y a deux années de cela. J’ai décidé d’aller au bout de l’écriture d’un roman, j’ai écrit « La Chambre des merveilles », et Calmann–Lévy a décidé de le publier.

Faisiez-vous lire à quelqu’un ce que vous écriviez ou écriviez-vous des choses que vous ne montriez à personne ?

Je suis assez secret, pudique. Seule ma femme était au courant que j’écrivais un roman. Elle m’a encouragé à continuer. Le reste de ma famille ne savait pas que j’écrivais… mes enfants et mes parents l’ont découvert lorsque j’avais déjà signé un contrat d’édition !

Julien, lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent ?

J’ai eu différentes périodes. Je lisais beaucoup étant enfant, un peu moins étant adolescent, mais les livres ne m’ont jamais vraiment quitté.

Aviez-vous des auteurs préférés ?

Enfant, j’adorais Roald Dahl, la série des Six Compagnons ou les BD d’Astérix… Puis j’ai découvert Agatha Christie (que j’aime toujours beaucoup), et via l’école un certain nombre d’ouvrages dits de référence… parmi lesquels j’ai particulièrement accroché à Camus et Maupassant. Mais je n’ai pas d’auteur culte à proprement parler. Aujourd’hui, je lis essentiellement de la fiction contemporaine.

Avez-vous écrit autre chose que des romans ?

Non, mis à part quelques poèmes, étant enfant.

Alors comment vous est venue l’idée de publier ?

J’écris pour raconter des histoires, les partager avec d’autres. J’ai toujours été fasciné par le pouvoir de l’écriture – qu’il s’agisse de romans, de films, de musique. J’aime me laisser emporter en tant que lecteur ou spectateur, dans une histoire, un univers avec des personnages auxquels je m’attache et qui me font vivre des choses que je ne vivrais pas dans la vraie vie. J’aime m’abandonner aux émotions. L’écriture a ce pouvoir de créer des émotions intenses, uniques, c’est ce qui m’intéresse. Aussi je n’ai jamais vraiment envisagé d’écrire seulement pour moi. J’ai toujours eu la publication en ligne de mire.

Est-ce vous qui concevez vos couvertures de livres ?

Pour « La Chambre des Merveilles », oui c’est le cas. J’ai tout de suite eu cette idée de l’explosion de pigments colorés, qui fait référence à un passage du livre. J’ai fait une sorte de photomontage sur mon ordinateur, je l’ai envoyé à mon éditrice, et elle l’a tout de suite beaucoup aimé. Par la suite, une talentueuse graphiste a transformé mon idée de départ en quelque chose de nettement plus beau ! De nombreux lecteurs me disent qu’ils aiment cette couverture, et que pour eux elle reflète très bien l’explosion d’émotions ressentie tout au long du roman. J’en suis absolument ravi.

Julien, j’aimerais que vous me parliez de vos romans.

Je n’en ai publié qu’un pour le moment ! (mon prochain roman paraîtra courant 2019).

« La Chambre des merveilles », c’est le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves, en les lui racontant, en les lui faisant vivre par procuration… en se disant que s’il entend ses incroyables aventures, peut–être que ça lui donnera envie de revenir à la vie.

Clairement l’histoire de cette maman, Thelma, c’est l’histoire d’une transformation, une sorte de parcours initiatique, à près de 40 ans. Après l’accident de son fils, les cartes de la vie de Thelma sont rebattues. En vivant les rêves de son fils, Thelma se découvre elle-même, se comprend mieux, s’écoute mieux aussi. Cet événement la force à se poser les bonnes questions sur « les choses importantes de sa vie », à se réinventer.

J’ai eu envie de parler de tout ça avec une tonalité à la fois grave – car le point de départ est un événement dramatique – et légère. Avec un petit grain de folie, à travers les folles expériences qu’un adolescent de 12 ans peut avoir envie de vivre… parce que la vie c’est ça aussi. On n’écoute pas suffisamment l’enfant, l’adolescent qui sommeille encore en nous, pourtant qu’est–ce que c’est bon de lâcher prise !

Avez vous déjà eu l’occasion d’être invité en tant qu’écrivain à l’étranger ?

En Belgique seulement. Mais mon livre est en cours de traduction dans 23 langues désormais… alors je ne désespère pas que l’on m’invite quelque part 😉 … d’autant que j’adore voyager et donner envie de voyager. Après avoir lu « La Chambre des merveilles », un certain nombre de lecteurs ont très envie de découvrir Tokyo… c’est formidable de parvenir à transmettre son amour d’une ville.

Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ?

Mes parents sont des lecteurs occasionnels de romans, mes frères aussi. Je crois bien que j’ai toujours été le seul lecteur régulier à la maison ! En revanche il y avait toujours beaucoup de journaux et revues, de toutes sortes.

Y a-t-il des moments précis où vous écrivez ?

J’écris désormais plutôt aux « horaires de bureau » car je me consacre à l’écriture, depuis quelques mois. Lorsque j’ai écrit La Chambre des merveilles en revanche, je travaillais à temps plein et voyageais beaucoup. J’ai donc essentiellement écrit ce roman le soir, le week–end, pendant mes vacances.

Comment écrivez vous ?

Je n’ai pas de rituel particulier, mais quelques habitudes. J’écris essentiellement chez moi, la plupart du temps dans mon fauteuil fétiche, mon ordinateur portable sur les genoux. Mais je travaille aussi hors de chez moi, dans des cafés parisiens – et dans ce cas-là en musique…

Comment vous vient l’idée d’un roman ?

L’idée de départ de « La Chambre des merveilles », celle de l’accident, m’est venue un matin alors que j’emmenais mes enfants à la piscine et qu’ils étaient tous les deux en trottinette, sur un trottoir parisien. Je me suis dit qu’ils allaient trop vite. Je me suis demandé à quoi pourrait bien ressembler ma vie s’il arrivait quelque chose de terrible à l’un d’entre eux. La réponse m’est apparue comme une évidence. Ma vie ne pourrait plus être la même, jamais.

J’ai eu envie de raconter ça. Comment mon héroïne Thelma, qui pense avoir trouvé un certain équilibre, en menant sa carrière et sa vie de maman tambour battant, voit son monde basculer en quelques secondes. Comment elle se rend compte progressivement que ses priorités affichées ne correspondent pas à ses besoins, ses envies, ses valeurs. Comment elle va devoir progressivement abandonner sa vie de façade pour se reconnecter à ce qu’elle est vraiment.

Sinon, de manière générale, j’ai beaucoup d’idées, tout le temps. Je les note mentalement, ou bien sur un carnet, ou encore dans mon téléphone. Lorsqu’une idée revient, s’accroche, c’est qu’il y a là quelque chose qui m’intéresse. Mon travail consiste plutôt à faire le tri dans toutes ces idées !

De qui vous inspirez vous pour vos personnages ?

Je ne m’inspire de personne en particulier. Les caractéristiques de mes personnages, qu’il s’agisse de leur physique, leur histoire personnelle, leur psychologie… sont systématiquement des mélanges, et je ne saurais les rattacher à une source précise. Je m’inspire de ma vie, de mes proches, de situations vécues, d’observations dans la rue, dans les cafés, les transports en commun, de mes voyages, de l’actualité, de romans, de films, de pièces de théâtre vues récemment…

Une dernière question, est ce que selon vous l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Le premier des rôles, c’est de donner envie de lire. Rien n’est plus démotivant pour un lecteur occasionnel que de refermer un livre en s’étant ennuyé… et rien n’est plus enthousiasmant que d’avoir envie d’en lire un autre, et encore un autre. Je pense fondamentalement que lorsqu’on lit un roman, un récit… on apprend toujours quelque chose : sur soi, sur ses peurs, ses émotions, celles des autres, sur un lieu, une situation, une époque. C’est formidable, la lecture. Il n’y a rien d’autre qui permette d’apprendre autant, tout en ayant le temps de se poser, de réfléchir, de laisser infuser. Alors contribuer au plaisir de lire, pour moi c’est contribuer au plaisir d’apprendre, de réfléchir, de vivre avec plus d’intensité.

 
Le questionnaire façon Amélie Poulain

J’aime écrire, lire, aller au cinéma, passer du temps en famille dans l’effervescence parisienne ou plus au calme au soleil de mon Sud natal, voyager (j’adore Tokyo et Budapest par exemple, ces deux villes dans lesquelles Thelma vit de folles aventures dans mon roman)… Rien de bien extravagant, la vie, tout simplement.

Je ne déteste rien en particulier, je pense qu’il y a toujours quelque chose à apprendre d’une situation difficile. Mais je n’aime ni l’hypocrisie, ni les anchois. Dans les deux cas, j’en détecte la saveur assez vite et m’en éloigne aussi sec !

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Portrait réalisé par Margaux Gilquin avec la complicité de Magali Izard