Mon Père, de Grégoire Delacourt

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« Ce monde ne sera guéri que lorsque les victimes seront nos Rois. »
Je me suis toujours demandé ce que je ferais si quelqu’un attentait à l’un de mes enfants. Quel père alors je serais. Quelle force, quelle faiblesse. Et tandis que je cherchais la réponse, une autre question a surgi : sommes-nous capables de protéger nos fils ?

 

Fête des mères 2019. Journée grise et pluvieuse invitant à la solitude, à la réflexion. Satie est, ce matin, l’invité de France Musique. Je me laisse porter par sa musique enchanteresse, enivrante et douce. Elle m’emmène à Montmartre, aux peintres et à Maurice Utrillo dont Satie pourrait être le père. Un père absent.

Je pense à « Mon Père », le livre de Grégoire Delacourt, et à Édouard le père de Benjamin.

La radio me rappelle que c’est la Fête des mères. Ca tombe bien pour moi, je suis Maman et, du coup, je m’interpelle davantage sur mon rôle de mère. L’image de mon fils, le petit garçon qu’il était s’impose à moi.

Je pense à  Benjamin le fils d’Édouard. Édouard qui aime son fils. Qui s’en veut de n’avoir  pas su le protéger. Qui s’en veut de n’avoir pas tenu son rôle de père. Un père qui n’a pas vu, qui n’a pas compris ce qui se passait.

Un père absent. D’une certaine façon.

Alors faute de pouvoir laver un insupportable affront, faute de pouvoir réparer un crime, Édouard va prouver à son fils qu’il est là, qu’il est un père. SON père. Un père qui n’aurait pas dû laisser faire. Oui il va prouver à son fils qu’il est présent. Qu’il sait. Qu’il va  venger son fils.

Qu’aurais je fait si cela était arrivé à mon petit garçon ? Je suis une Maman qui aime son fils, qui l’a couvé du regard, qui a tout fait pour le mettre à l’abri. Une Maman qui a serré son fils dans ses bras jusqu’à l’étouffer d’un amour écrasant. Une Maman qui se levait la nuit pour l’écouter dormir. Pour l’entendre respirer. Une Maman qui approchait son visage  de sa bouche entrouverte pour sentir son souffle d’enfant se poser sur sa joue.  Une Maman qui caressait le visage de son fils pendant son sommeil, embrassait les paupières  délicates. Une Maman qui remontait une mèche tombée sur un front fiévreux. Une Maman qui enserrait la petite main de son fils dans la sienne. Plus grande. Plus ferme. Plus forte. Une main qui le guidait.

Bon sang que la chronique de votre livre Grégoire est difficile à faire. Voire impossible pour moi tellement les mots se heurtent, se fracassent, se font mal. Me font mal. La rage m’anime plus que la colère qui,  à mon sens, est une vertu quand elle est bien utilisée.

Et pourtant, il faudra bien en parler de ce livre, me dis-je chaque jour que Dieu fait.

Dieu…justement parlons en !

Qu’a t’il fait de ces hommes d’église, de ces hommes d’amour, de paix, de conscience, d’enseignement de la bienveillance et du partage.

Ces hommes à qui nous avons confié nos enfants dans l’espoir qu’ils leur apprennent l’amour de l’autre.

« Tu aimeras ton prochain…« 

Ils ont appris l’amour, ça oui ils l’ont appris. Un amour écœurant que des hommes ont imposé à des gosses. A des être fragiles, qui ont accepté parce que Dieu ce grand manitou aux commandes du monde, aux commandes de nos coeurs, de nos gestes, de notre pensée, a dit que « c’était pas sale » que « c’était normal d’aimer comme ça ».

Pas sale de déflorer un gosse, de toucher sa peau, de l’embrasser maladivement, de lui demander de faire des choses pas sales.

Pas sale de lui faire mal.

Pas sale de le confiner au secret.

Pas sale de pourrir le restant de sa vie.

Pas sale de le rendre coupable.

Parce-que le coupable c’est cet enfant. Coupable d’avoir la peau lisse, coupable d’être vierge, coupable d’exciter ces tarés. Les enfants sont coupables d’éveiller en ces pervers leur pire vice.

Je n’en dirai pas plus. J’en ai déjà trop dit. Je ne veux pas en dire plus. Je ne peux pas. Tout simplement pas.

« Le silence est un assassin qui ne dénonce pas.
Le silence est le seul refuge des enfants quand ceux qui devaient inconditionnellement vous aimer vous ont trahi. » GD

Merci Grégoire.Votre livre ne m’a pas dérangé.Votre livre a redoublé ma rage. Celle d’une mère dont elle espère que son gamin n’est pas un taiseux qui assis face à moi, à table, n’aurait rien osé me dire.

« Sommes-nous capables de protéger nos fils ? » GD

Je suis une mère qui lâchait son gosse en colonie de vacances. Dans des endroits apaisants, verdoyants. Avec des gens bien.

« Je me suis toujours demandé ce que je ferais si quelqu’un attentait à l’un de mes enfants.» GD

Je suis une mère qui si elle apprend qu’une pourriture a touché à son fils lui coupera ce que vous savez et l’accrochera à un crucifix comme on accroche une guirlande.