Les Dédicaces – Cyril Massarotto

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En recevant le livre de Cyril, je me suis demandé à quoi je devais m’attendre cette fois-ci. Lire un livre de Cyril s’apparente pour moi à un jeu. Un jeu du style « Jeux d’enfants ». Cap pas cap ? Cyril aura-t-il osé ? Je me suis souvent penchée pour récupérer la toupie (pour ceux qui auraient vu le film) et retrouvée dans la position de celle qui doit relever le défi « Lire Cyril et faire une chronique ».

Avec « Les Dédicaces » la surprise est de taille. Mazette. Je tourne et retourne le livre entre mes mains. Cyril est cap. Il va encore me surprendre. Je le sais. Je le sens.

« Les Dédicaces » Ah, ah, ah…je me marre. Et si le titre était trompeur ? Et s’il ne s’agissait que d’un prétexte, une subtilité, une pirouette de Cyril pour nous inviter à jouer avec lui sur un autre terrain ? J’ai flairé le défi, si tant est qu’un exercice de style soit un défi, et Pour pas que je me perde dans le quartier j’ai d’abord cherché ce qu’était une dédicace. Son sens. Profond. Après tout j’ai le droit de savoir pourquoi Claire, l’héroïne, collectionne des livres dédicacés qu’il s’agisse d’une dédicace d’auteur à un lecteur, ou d’un inconnu à quelqu’un. Est-ce pour en tirer profit ? C’est vrai, revendre un livre dédicacé par Sartre peut s’avérer juteux. Oui mais non. Parce-que Claire les collectionne. Donc comme tout collectionneur, elle comble un vide. De quel vide s’agit-il ? Quel témoignage d’amitié, de gratitude ou d’amour Claire cherche t’elle à travers ces dédicaces ? 

Et puis voilà que Claire rencontre Frédéric. Frédéric Hermelage qui adresse de drôles de dédicaces aux jolies dames. Frédéric Hermelage qui, avec son éditeur, descend les auteurs poids lourds commerciaux et colonne vertébrale de grosses maison d’éditions, au nom de la défense de la « littérature ». Une délicieuse rencontre alchimique entre Claire et Frédéric jusqu’à ce que leur jeu d’enfants à eux prenne une dimension inattendue.

La lecture des Dédicaces est un délice, un enchantement, une sensation de « rentrer à la maison » après un long voyage, déguster « une Madeleine de Proust », « Ecouter les Gnossiennes », « Marcher sous la pluie à Montmartre ». Si vous ne m’arrêtez pas je peux faire, non pas « la liste de mes envies » mais celle de tous les plaisirs ressentis lors de ma lecture. Il faut dire qu’entre Cyril et moi, le petit jeu dure depuis un bon moment. En général, je lis plutôt ses livres chaque été sur la plage de Montalivet et je suis la seule dame en maillot de bains noir, une pièce je précise, à me secouer compulsivement de rire sous mon parasol en m’exclamant : « Oh non, je ne le crois pas ! Il a osé » ! Il m’arrive aussi, parce-que j’ai les yeux au bord du cœur, de chercher frénétiquement mon paquet de Kleenex au fond de mon panier en osier, entre l’huile solaire et les galets qui deviendront des messages d’amour. Ca se fait beaucoup de dire « Je t’aime » à quelqu’un par l’intermédiaire d’un galet. On peut dire je t’aime de mille façons.

Grâce à une dédicace par exemple…

« Je ne prétends pas donner de leçon, mais on sait que peu de grands romans sont de simples histoires d’amours, alors que nombreux sont les chefs-d’œuvre à dépeindre de façon pointilliste des histoires d’amour sur des toiles de fond historiques, et même si l’arrière-plan est forcément tracé de manière brute, il donne avec force la mesure de l’urgence, de l’irrépressibilité du sentiment amoureux. »

Le style de Cyril est tendre et cruel à la fois. Addictif au plus haut point. Faites gaffe parce-que dès que vous ouvrirez son livre vous ne pourrez pas le refermer avant la fin.

Merci Cyril. Merci mille fois. Et n’attends pas trop longtemps avant de me rendre la toupie…