Rencontre avec Olivier BAL – Auteur

 

Tout le monde a en mémoire son magnifique « L’Affaire Clara Miller » et le succès que ce polar a connu. Olivier BAL revient avec un nouveau polar « La Forêt des Disparus » paru aux Editions XO. C’est un auteur que je suis un peu, beaucoup, à la folie, passionnément pour plusieurs raisons. Son écriture, sa modestie, sa discrétion et son talent.

Olivier me fait l’immense plaisir de se livrer non pas sur son prochain ouvrage mais sur lui, sur son rapport à l’écriture et à la lecture.

Merci Olivier pour le joli moment partagé. Je vous souhaite un immense succès avec La Forêt des Disparus.

Pouvez-vous me raconter comment vous êtes venu à l’écriture et ce que vous avez commencé à écrire ?

J’écris depuis que j’ai une petite vingtaine d’années. J’ai mis du temps avant de me trouver dans l’écriture. Passionné de cinéma, je me suis d’abord essayé aux scénarios, puis à une pièce de théâtre… Je pense, au fond, que ça me faisait un peu peur de me lancer dans l’écriture de roman. Quand on commence un livre, on sait qu’on se lance dans quelque chose de long, complexe. Surtout, il vous faut un projet qui vous porte et vous habite. De mon côté, mon premier roman a été Les Limbes, un thriller fantastique, pensé comme un hommage à tous les auteurs et cinéastes qui m’avaient construit : Jules Verne, H.P. Lovecraft, Stephen King, John Carpenter, Steven Spielberg… Plus largement, avec le sujet des Limbes, en gros, l’histoire suit des personnages qui se découvrent la faculté de visiter et prendre le contrôle des rêves des autres, j’avais un canevas vierge, une opportunité de laisser libre cours à mon imagination. C’était à la fois très stimulant et jouissif. Aucune limite, aucune œillère. Bref, de quoi bien me mettre le pied à l’étrier !

Faisiez-vous lire à quelqu’un ce que vous écriviez ou écriviez-vous des choses que vous ne montriez à personne ?

En général, oui, je faisais lire mes projets à mes proches. Je me rappelle, à l’époque de ma pièce de théâtre, je la lisais moi-même à mes amis et ma famille… et leur imposais, du coup, de devoir m’écouter pendant quasiment une heure trente. Les pauvres, quelle torture leur faisais-je subir ! Depuis, ça a pas mal changé. Aujourd’hui, seule ma femme lit mes projets en cours. C’est un regard essentiel pour moi. D’abord parce qu’elle m’a toujours accompagné dans ce voyage vers l’écriture et qu’elle connaît, finalement, mon style mieux que personne. Plus largement, ce qui m’intéresse dans son regard, c’est qu’elle n’est pas très portée sur le polar et le thriller. Du coup, elle aborde mes romans avec un certain recul. À part elle, je n’ai pas de beta lecteurs. Au sein des éditions XO, j’ai une super équipe éditoriale qui m’accompagne dans le travail du manuscrit. C’est un peu comme l’étape essentielle du montage au cinéma. C’est là que la matière prend sa forme définitive, que le roman s’affine, se perfectionne. C’est parfois exigeant mais toujours stimulant.

Lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent ? Aviez-vous des auteurs préférés ?

Oui, je lisais beaucoup. Mes premiers amours de littérature ont été les romans d’aventure et d’exploration : Jack London, Robert Louis Stevenson et, évidemment, Jules Verne.  Jeune ado, j’ai adoré aussi les livres dont vous êtes le héros. Je m’amusais ainsi à imaginer moi-même des aventures avec mes camarades quand nous faisions des trajets en bus… Plus tard, j’ai glissé vers le fantastique avec H.G. Wells, Ray Bradbury, Edgar Allan Poe, Stephen King mais aussi Barjavel. Étonnamment, j’avais également des coups de foudre pour des œuvres plus scolaires. Molière, Andromaque de Racine, Candide de Voltaire… Et j’ai toujours gardé depuis, je l’espère, cette ouverture d’esprit. J’aime autant lire des thrillers, du fantastique, que de la littérature générale.

Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ?

Mes parents sont des grands lecteurs, mais plutôt amateurs de romans historiques. Gamin, je me souviens, nous avions cette tradition de lire le soir « Alain Decaux raconte l’Histoire de France », blottis avec mes deux sœurs autour de mon père. Du coup, il y avait souvent des livres assez anciens chez moi. Avec des reliures travaillées, des illustrations. Pour moi, les livres, ça a toujours été une promesse d’évasion, d’ailleurs. Du coup, mes premiers Jules Verne par exemple étaient des éditions Hetzel avec les magnifiques gravures d’Edouard Riou sur Vingt mille lieues sous les mers ou Voyage au centre de la Terre.

Avez-vous écrit autre chose que des romans ?

Oui, comme je l’expliquais plus haut, je me suis essayé au scénario et à la pièce de théâtre. Mais c’est vraiment dans le roman que j’ai trouvé ma voix… et ma voie ! Cependant, depuis quelques temps, je réfléchis à développer des projets de séries ou films. Le métier d’écrivain est très solitaire et j’aimerais pouvoir travailler sur des projets à plusieurs. J’ai envie d’émulation, de confrontation d’idées…

Comment vous est venue l’idée de publier ?

Quand j’ai lancé les Limbes en 2015, je suis d’abord passé par l’auto-édition. C’était avant tout pour moi l’occasion de me confronter aux lectrices et lecteurs, savoir si mon univers trouvait un quelconque écho chez eux. À ma grande surprise, le roman a rencontré un joli succès et a, du coup, commencé à réveiller l’intérêt des éditeurs traditionnels. J’ai pris le temps de choisir celui avec lequel je voudrais me lancer.

Est-ce vous qui concevez vos couvertures de livres ?

Chez mon ancien éditeur, oui. Mais aujourd’hui avec XO, je laisse travailler les équipes autour de Bruno, leur directeur artistique. Ensuite, ils me font des propositions et nous échangeons à ce sujet. Avec le temps, j’ai découvert que le regard d’un auteur n’était peut-être pas toujours le plus pertinent pour son roman. En fait, à chacun son métier. Moi, j’écris les livres et je fais entièrement confiance en mon éditeur pour les défendre et donner envie aux lecteurs de les découvrir.

Y a-t-il des moments précis où vous écrivez ?

Vu que je me consacre à l’écriture à 100% depuis maintenant quatre ans, j’écris tous les jours ! Je m’impose depuis le début de cette aventure un rythme très routinier. Je dépose mes enfants à l’école, fais du sport, puis me mets à écrire jusqu’en fin d’après-midi, avec une courte pause déjeuner. J’ai remarqué, avec le temps, que je suis souvent plus productif le matin. Du coup, je consacre souvent mes après-midis à la relecture, la documentation…

Comment écrivez vous ?

J’écris directement sur ordinateur, mais j’ai toujours un carnet à mes côtés sur lequel je prends des notes. Il m’arrive aussi de faire des croquis, des dessins. Sur La Forêt des disparus, notamment, j’ai réalisé une carte complète sur quatre feuilles A4 de la forêt de Redwoods et du village. J’y détaille les lieux les plus emblématiques mais aussi le moindre nom de rue, le moindre sentier de randonnée. Vu que cette ville est totalement fictive, ça m’a permis de lui donner corps.

Comment vous vient l’idée d’un roman ?

Ahah… question difficile ! C’est un long processus de maturation. Une idée émerge, souvent, qui pourrait tenir en une phrase. Ca peut être une thématique, une scène, un personnage… Je la laisse grandir, mûrir, évoluer. J’y reviens de temps en temps, la développe. L’inspiration pour moi, c’est un peu comme un potager. On plante une petite graine, une idée, en terre. Et on s’efforce ensuite de la faire pousser. J’ai, en parallèle, plusieurs projets qui murissent, qui poussent. Et, à un moment, je me décide à me consacrer à l’un plutôt qu’à l’autre. À cette étape, c’est l’envie qui me porte.

De qui vous inspirez vous pour vos personnages ?

Je me revendique comme un auteur de fiction. Plus je m’éloigne de mon quotidien, de ma vie personnelle, plus je m’épanouis. C’est en partie pour cela que je place mes romans aux États-Unis. Plus largement, j’ai besoin de me remettre sans cesse en question, et d’être un peu chamboulé quand j’écris. Du coup, j’aime construire des personnages qui sont éloignés de moi. Une ado solitaire et torturée, comme Charlie dans La Forêt des disparus, une jeune femme qui se noie dans les drogues et l’excès à Los Angeles, comme Eva dans Clara Miller… des personnages qui sont à mon opposé et qui, pourtant me touchent, me bouleversent. En tentant de me mettre dans leur peau, de leur donner vie, de les comprendre, je pense qu’à mon échelle, je grandis un peu, j’apprends aussi sur la nature humaine.

Une dernière question, est ce que selon vous l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Encore une question piège !!! Chacun appréhende sa « mission » de manière différente. Certains auteurs revendiquent le rôle social du livre. Moi, je n’ai pas la prétention de vouloir changer le monde. Je me méfie des romans donneurs de leçon. Je préfère instiller dans l’esprit du lecteur une réflexion qu’il fera ensuite évoluer. Ce que je veux offrir avec mes livres, c’est avant tout de l’évasion, une fenêtre ouverte sur un ailleurs mais aussi sur un autre. Ce qui m’intéresse avec le polar, c’est que c’est un genre littéraire qui permet de montrer combien nous naviguons, tous, dans des zones de gris. Il n’y a pas de bien ou de mal, nous pouvons tous pencher d’un côté ou d’un autre. Et c’est ça qui m’intéresse. Explorer les failles, les fêlures. Et en ramener un peu de lumière.  

Son cadavre est remonté, comme celui d’autres femmes, à la surface de l’eau. Six au total… Là-bas, dans les forêts du New Hampshire, le lieu maudit porte un nom : le lac aux suicidées.
Clara Miller était journaliste. Comme Paul Green, le reporter du Globe qui débarque sur l’affaire. Il avait connu Clara étudiante, et ne croit pas un instant à la thèse du suicide.
Un homme l’intrigue : Mike Stilth, l’immense rock star retranchée à quelques kilomètres de là, à Lost Lakes, dans un manoir transformé en forteresse.
L’artiste y vit entouré d’une poignée de fidèles, dont Joan Harlow, redoutable attachée de presse qui veille sur son intimité et se bat comme une lionne dès que l’empire Stilth est attaqué.
Mais Paul, lui, a tout son temps. Dans sa vieille Ford déglinguée, il tourne inlassablement autour du domaine. Avec cette question : et si, du manoir, la route menait directement au lac ?