Jean-Michel LEBOULANGER – Auteur

Jean-Michel a écrit plusieurs romans et j’ai eu envie de le connaître davantage. Il nous fait la gentillesse de nous livrer un portrait sympa comme tout ! Je vous laisse le découvrir et prendre plaisir à le lire.

Pouvez-vous me raconter comment vous êtes venu à l’écriture et ce que vous avez commencé à écrire ?

Étant donné que j’adorais lire quand j’étais petit (j’en parle plus loin), l’idée d’écrire, et surtout de raconter des histoires est venue avec les années, surtout à partir de l’adolescence. J’ai fait beaucoup de débuts de romans, qui s’arrêtaient au bout de quelques pages quand l’enthousiasme des premières lignes s’évanouissait et surtout quand je relisais le lendemain. Il y a eu quelques nouvelles sans grand intérêt, mais qui m’ont appris à structurer une histoire de façon assez classique : un début, un milieu, une fin. J’aime surtout raconter des histoires originales qui retiennent l’attention et donnent au lecteur l’envie de tourner la page. Il faut être inventif, imaginer des situations, friser l’absurde quelquefois. Et puis, j’essaye toujours de trouver une situation inattendue vers la fin du livre, comme un switch, de façon à surprendre le lecteur qui pensait avoir trouvé le dénouement de l’histoire.  Ce n’est pas toujours évident d’y parvenir…

Faisiez-vous lire à quelqu’un ce que vous écriviez ou écriviez-vous des choses que vous ne montriez à personne ?

Pendant longtemps, tout restait secret. Je doutais trop de moi pour montrer à qui que ce soit ce que j’écrivais. Par contre, mon tout premier roman de jeunesse, écrit à la main, (pas d’ordinateur ou de machine à écrire à l’époque) je l’avais fait lire à ma copine. Nous nous sommes séparés peu après… Depuis quelques années, j’ai des bêta lecteurs, des amis de longue date, des personnes dont je sais qu’elles vont me rentrer dedans, critiquer, me dire qu’ici ou là, ce n’est pas bien. Et c’est ce que je leur demande. Je ne veux pas d’indulgence ou de félicitations, mais un vrai avis extérieur, constructif. Par contre bien sûr, j’apprécie quand ils me disent que c’est super, qu’il y a des trouvailles et qu’ils se sont fait avoir à la fin.

Lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent ? Aviez-vous des auteurs préférés ?

 

Je lisais et relisais énormément quand j’étais enfant. La lecture ne m’a jamais quitté depuis. J’ai appris à lire très tôt en fait et à partir de ce moment, j’ai eu une sorte de boulimie de lecture. J’aimais aussi l’objet livre parce qu’il recelait le fait de me faire voyager, d’aller vers d’autres ailleurs, d’autres époques, de vivre d’autres vies. Mes premiers bouquins étaient des livres de la bibliothèque verte que je piquais à ma sœur. La série des Alice, les six compagnons de Paul-Jacques Bonzon. Dans la bibliothèque, il y avait beaucoup de classiques : Alexandre Dumas et ses trois mousquetaires, les polars de mon père, et puis surtout Jules Verne. Au fil des années, j’ai acquis toute la collection en livres de poche. Ils sont toujours en bonne place sur mes étagères. Il m’arrive d’en relire de temps en temps, pour le plaisir toujours renouvelé des aventures et des situations. Sinon, des auteurs préférés, nous en avons tous. Pas seulement dans le polar : Patrick Cauvin, j’en parle souvent parce qu’il a été le déclencheur quand j’ai eu la chance de le rencontrer, John Irving que je relis actuellement. Je suis assez éclectique en littérature avec des tas d’auteurs français et étrangers, tellement que j’en oublie les noms. Quelque part, ils m’ont tous influencé.

Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ?

Mes parents lisaient. Ils n’étaient pas non plus des fanatiques de lecture, mais c’était une chose normale pour eux de prendre un bouquin et de lire. Surtout des polars pour mon père, des livres d’histoire, des biographies. Ma mère, plutôt des livres d’amour, et des romans d’Hervé Bazin, Mauriac. Ils étaient abonnés au quotidien local qui arrivait aux aurores dans la boite aux lettres. Je revois encore mon père et ma mère se partager le journal au petit déjeuner pour le parcourir en prenant leur café. Vivre dans une famille de lecteurs ne peut qu’encourager à la lecture. On ne m’a jamais empêché de lire quoi que ce soit, même si ce n’était pas pour moi. Quelquefois, ma mère disait à mon père « tu ne vas pas le laisser lire ça ? Ce n’est pas de son âge. » Et mon père de répondre, « si ce n’est pas de son âge, il ne comprendra pas et passera à autre chose ». En général, c’était le cas. Le livre me tombait des mains.

Avez-vous écrit autre chose que des romans ?

Une pièce de théâtre quand j’avais une vingtaine d’années. Très courte, qui n’a jamais été jouée. Je l’avais lue une seule fois devant des amis qui étaient morts de rire en m’écoutant. J’avais été inspiré par la course du rhum à St Malo, une course en solitaire où tout à coup un des participants découvre qu’il y a un passager clandestin, une jeune femme journaliste débutante qui veut faire un reportage sur l’intérieur de la course, sans penser qu’elle disqualifierait le marin. Sinon, quelques nouvelles, mais ce n’est pas ce que je préfère.

Comment vous est venue l’idée de publier ?

J’avais un blog au milieu des années 2000 et j’avais commencé à écrire par épisode un roman inspiré par un séjour (on va dire ça) à Beyrouth dans les années 80 en pleine guerre du Liban. Sans aucune prétention, sans vraiment songer qu’on pourrait lire ce que j’écrivais. Jusqu’au jour où les vues et les commentaires sont arrivés, nombreux, avec des habitués qui me réclamaient la suite, la suite, la suite. Et semaine après semaine est né « six jours à Beyrouth », mon premier vrai roman lu par d’autres personnes qu’un entourage bienveillant. Entre-temps, un éditeur m’avait contacté parce qu’il était intéressé par ce récit. Finalement, le projet n’a pas abouti, mais l’idée de me faire éditer était désormais présente. Par contre, je n’avais pas envie d’envoyer ce manuscrit à tous les éditeurs. Sans être radin, c’est un investissement de faire les manuscrits, et de les poster. Je l’ai fait en ciblant uniquement ceux qui pouvaient être intéressés. Depuis, j’ai une très belle collection de lettres de refus de grands éditeurs. À l’époque, les premières plateformes d’autoédition apparaissaient aussi. J’ai donc tenté le coup en m’éditant. On apprend beaucoup en créant son propre livre. On touche à la mise en page, à la création de couverture. Mes trois premiers romans étaient directement autoédités, sans faire la démarche auprès d’un éditeur. J’avais un lectorat fidèle, notamment des gens de Facebook qui me suivaient et me suivent encore. En 2015, un de mes amis auteur venait de signer un contrat avec un tout nouvel éditeur et il m’a encouragé à le contacter. J’ai édité trois livres avec lui, notamment « Un kimono pour linceul », « Salverney », et « Entre les pages ». Suite à des désaccords, j’ai arrêté ma collaboration avec cette maison d’édition. Trouver un éditeur pour un romancier, c’est très compliqué. Certains n’en trouvent jamais et c’est un peu la quête du Graal. En ce qui me concerne, j’ai eu la chance d’en trouver un second, les Éditions du Loir, chez qui est sorti en février 2021 « Le prix du silence », premier tome d’une trilogie policière. Et je suis particulièrement heureux de notre collaboration.

Est-ce vous qui concevez vos couvertures de livres ?

Lorsque j’étais autoédité, je concevais absolument tout, notamment en apprenant à me servir de logiciels photo. Il faut aussi être créatif pour faire une couverture, recommencer plusieurs fois, en suivant plusieurs idées et la toute première n’est pas forcément la bonne. Avec mon premier éditeur, je n’avais pas trop le droit à la parole. On me proposait des choses que je devais valider. Avec les Éditions du Loir, il y a un vrai travail d’équipe, et pas seulement pour les couvertures. Si j’ai une idée, je me sens écouté et je sais qu’on tiendra compte de mes remarques. Par exemple, le travail effectué sur la couverture du tome 2 du prix du silence était un vrai travail d’équipe, avec des propositions graphiques. On a beaucoup communiqué, échangé. C’est agréable comme façon de travailler, et le résultat est très positif, car la couverture est magnifique. Vous verrez fin août quand le livre sortira.

Y a-t-il des moments précis où vous écrivez ?

Pendant longtemps, j’écrivais en fin de journée, et même le soir très tard. Depuis quelques temps, c’est tôt le matin. Voire même très tôt. Les idées arrivent plus facilement, alors qu’écrire le soir après une journée de travail peut être délassant, mais l’énergie n’est pas la même que le matin. Et puis, j’aime les petits matins, avant que se lève le soleil. Enfin, le soleil, quand il y en a…

Comment écrivez vous ?

J’écris à l’ordinateur. J’ai la chance d’avoir appris à écrire à la machine quand j’avais quinze ans. En seconde, il y avait des tas d’options, dont dactylographie. Je crois qu’on était trois garçons au milieu d’une classe de filles. Car à l’époque, la dactylographie était surtout réservée aux femmes. Pourquoi j’ai voulu apprendre à taper à la machine ? Est-ce que j’avais déjà cette intuition que ça me servirait plus tard pour écrire des romans ? Toujours est-il que j’ai quelque part dans un tiroir un diplôme où il est mentionné que je tape à plus de 25 mots/minute. Donc, j’écris vite, au fil de ma pensée et avec tous mes doigts. J’écris plus rapidement qu’avec un crayon. Dans ce monde de claviers omniprésents désormais, je pense qu’on devrait apprendre systématiquement la dactylographie aux enfants.

Sinon, j’ai quelques rituels quand je me mets à l’écriture. Musique en fond sonore, du café ou du thé, un carnet pour noter des choses (je continue beaucoup à écrire à la main malgré tout) et ensuite, je laisse défiler le film du récit devant mes yeux. J’ai remarqué que je pouvais écrire n’importe où et pas seulement dans ma petite maison. Le brouhaha d’un bistro, les promeneurs dans un parc, le train, ne me gênent pas. Non seulement je peux m’abstraire d’un environnement pas forcément propice à la concentration, mais il m’est arrivé d’être inspiré par les lieux. Notamment quand j’étais à Tokyo et que j’écrivais « Un kimono pour linceul », j’avais l’habitude de prendre un petit déjeuner dans le même établissement et l’atmosphère du lieu, les gens, l’ambiance, me portaient littéralement.

Comment vous vient l’idée d’un roman ?

Ah, grande question. L’idée vient souvent d’un petit rien. D’une image, d’un son quelquefois, d’une parole, d’un échange. Je ne me souviens plus trop comment sont nés certains romans. L’idée de départ est souvent comme un rêve qu’on vit pleinement pendant son sommeil, mais qui disparaît sans pouvoir le garder dès qu’on se réveille. Je me souviens malgré tout de ce gars dans le métro parisien qui portait un chat sphinx en bandoulière et qui a été l’idée de départ de « Entre les pages ». Et aussi d’un membre de la famille de ma compagne autrichienne, qui a inspiré « Les aigles de Vienne », ou encore des yakuza quand j’étais au Japon, pour « un kimono pour linceul ». Par contre, il faut savoir reconnaître la bonne idée. Avoir l’intuition que ça pourrait donner une histoire. J’ai eu beaucoup d’idées, mais qui n’ont rien donné au final.

De qui vous inspirez vous pour vos personnages ?

Comme je le disais plus haut, ce peut être un homme dans le métro, un oncle autrichien. Par contre, mes personnages ont un physique bien précis dans chacun de mes romans, inspirés par des gens que je connais, des amis, des acteurs, quelqu’un que j’ai croisé avec un physique particulier. Ce peut être aussi un patchwork de personnes. Quand j’écris, j’ai besoin de me représenter physiquement mes personnages, et psychologiquement aussi. En fait, ils doivent être réels. Ils doivent exister et ne pas être seulement des êtres de fiction. C’est pour ça qu’à la fin d’un roman, il m’est difficile de quitter des personnages qui m’ont accompagné pendant des mois. J’ai l’impression de quitter définitivement des amis. Quelquefois, ces physiques s’imposent à moi. Ian dans « Salverney », a le physique de St Exupéry. Ne me demandez pas pourquoi, il s’est imposé comme ça. Hadija dans « le prix du silence » ressemble à l’actrice Reem Kherici. (Je crois que c’est la première fois que j’en parle… ) Cela m’aide de m’appuyer sur un physique. Et je n’ai pas parlé de la voix. Car chacun a aussi une voix. Qui lui est propre, avec son timbre et son phrasé. J’entends ces voix dans ma tête… Être écrivain, c’est être un peu schizophrène 😀

Une dernière question, est ce que selon vous l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Oui, s’il le souhaite. L’écriture est un bon vecteur pour faire passer des idées, des concepts, de parler de sujets sensibles et donc les partager avec les lecteurs. Les écrivains sont des passeurs de toute façon. On n’écrit pas seulement pour écrire, mais pour transmettre la plupart du temps. Certains ne le font pas parce que ce sont uniquement des conteurs, qui sont dans une histoire. Mais c’est très bien aussi. Le thriller ou le polar sont d’excellents supports pour évoquer des sujets de société, peut-être davantage encore que la littérature dite blanche. Dans le polar, on y trouvera les meurtres, des personnages décalés, une histoire, un suspens, mais souvent on trouvera aussi un contexte social, ou bien des sujets tels que le nucléaire, les migrants, les politiciens véreux, par exemple. Un peu comme une note de fond dans un parfum. Georges Simenon était un maitre dans ce domaine, et pas mal d’auteurs français de thrillers ou de polars sont très doués pour ce surplus d’atmosphère. Donc oui, l’écrivain a un rôle social certain.

Le questionnaire façon Amélie Poulain

Jean-Michel aime 

la musique,

tous les arts en général,

le chocolat,

l’amitié,

la vie.

Jean-Michel n’aime pas 

La bêtise humaine,

l’égoïsme,

la mauvaise foi,

le hareng,

la mort.

Vous trouverez ses livres en librairie, à la Fnac, chez Cultura, etc.

Sa page FB : Jean-Michel Leboulanger | Facebook

Deux femmes sont retrouvées égorgées. L’une à Deauville, l’autre à Saint-Étienne. Leur logement est à chaque fois mis à sac par un mystérieux inconnu qui s’enfuit à moto, mais l’argent ne semble pas être le mobile du crime.

Éditeur(s) : Editions du Loir