Clelia Ventura – « Attends moi mon amour » de Clélia et Léon Ventura

Paris, été 1936. Lino a seize ans et se destine à devenir champion de lutte. Lorsque ce jeune immigré italien aperçoit pour la première fois la belle Odette, fille de la petite bourgeoisie française, c’est le coup de foudre. La famille de la jeune fille voit d’un mauvais oeil cette relation, mais rien ne l’empêchera, pas même la guerre qui les poussera à se marier aux heures sombres de l’Occupation. Malheureusement pour les jeunes époux, Lino, resté italien, est contraint de rejoindre son pays natal pour y effectuer son service obligatoire. La séparation est, pour les deux amoureux, synonyme d’une désespérante absurdité. Romanesque et passionnant, Attends-moi mon amour, roman vrai de la jeunesse de Lino Ventura, nous donne à voir une époque troublée par l’escalade de la guerre, et un homme qui se rend maître de son destin, par amour.

Bonjour Clélia. Quelle émotion de te recevoir sur mon blog. Je te remercie d’avoir pris le temps, en pleine promo de « Attends moi mon Amour », de répondre à mes questions. Nous avons souvent échangé toutes les deux. Quand je t’ai eue au téléphone la dernière fois, j’ai été bouleversée pour tellement de raisons. Pas parce-que tu es la fille de. Tu sais très bien que ce n’est pas ce qui m’attire chez toi. Je vais pas te dire que je m’en fiche, mais quand toi et moi on parle de ton père, on parle de ton père. Pas de Lino Ventura. Nous échangeons comme deux gamines sur nos pères. Ce qui m’attire chez toi c’est la petite fille, la jeune fille, la jeune femme, la femme. Nous avons le même âge. Nous parlons la même langue. Avons connu, toutes les deux, des chagrins d’enfance. Des chagrins étouffés que nous tentons, je dis bien nous tentons, de jeter sur le papier afin qu’ils s’enfuient. Mais ils restent là, bien ancrés au fond de nous, nichés bien au chaud. Clélia, aujourd’hui c’est de toi dont je veux parler. Toi à qui trop souvent on fait la remarque que tu es la fille de. Moi je veux parler de ma copine Clélia. De l’auteure. Alors ce moment ma Clélia : il est pour toi. Raconte nous qui tu es ma Clélia. Plus tard je ferai la chronique de votre livre à toi et Léon. Mais plus tard.

Dis moi un peu Clélia, peux-tu me raconter comment tu es venue à l’écriture et ce que tu as commencé à écrire ?

Petite j’ai été confrontée à un gros problème de dyslexie et l’apprentissage de la lecture et de l’écriture fut pour moi un véritable calvaire. En revanche j’adorais utiliser ma plume pour dessiner. Puis un jour, je suis tombée sur un ouvrage de Vasarely en furetant dans la bibliothèque de mon père. Ce fut comme un électrochoc : je savais désormais ce que je voulais faire : je voulais devenir Artiste-Peintre ! C’est tout naturellement que je me suis prise à rêver des Beaux-Arts…Seulement il y a la réalité et les bonnes sœurs chez qui mes parents m’avait mise, et qui ne voyaient pas d’un très bon œil cette « artiste en herbe » qui passait plus de temps à remplir ses cahiers de dessins plutôt que d’étudier les Evangiles et les Mathématiques. La forte tête que j’étais a donc été envoyée en pension pour y retrouver « le droit chemin ».

Seulement dès que je franchissais les portes du « pénitencier », c’était pour reprendre illico mes pinceaux et me plonger dans l’univers de Vasarely auquel je vouais un véritable culte. Puis un samedi, alors que je revenais du pensionnat pour peindre, tous mes dessins et tout mon matériel avaient disparu ! Tout avait été jeté à la poubelle au prétexte que ce n’était que  « des gribouillages ». Je venais tout juste d’avoir douze ans. Privée de pinceau, j’ai pris la plume et je me suis mise à écrire.  Il fallait bien que toute la tempête intérieure sorte d’une manière ou d’une autre !

Mais du coup tu faisais lire à quelqu’un ce que tu écrivais ?

J’ai rempli un nombre incalculable de cahiers que je n’ai jamais fait lire à qui que ce soit ! J’en ai même brulé beaucoup ! Trop de désespoir et de chagrins sans doute pour oser le faire…

Tu lisais quand vous tu étais gamine et adolescents ? Tu avais des auteurs préférés ?

Enfant, j’étais fan du Club des Cinq ! Après l’épisode de mes peintures à la poubelle, lire est devenu ma sauvegarde, mon refuge, mon essentiel. René Barjavel est l’Auteur qui m’a fait aimé la lecture. Le premier roman que j’ai lu était « La Nuit des Temps ». Du coup j’ai dévoré tous ces autres ouvrages. Après j’allais me servir dans la bibliothèque de mon père : une mine d’or ! De Kessel à Cavanna en passant par Mauriac…Sans oublier les « quelques » scénarios que je lisais en cachette.

La lecture occupait une grande place chez tes parents ?

J’ai toujours vu mon père lire énormément. Comme je le disais plus haut, sa bibliothèque était une vraie mine d’or ! Et il faut savoir que mon père, qui n’a jamais eu ni Agent, ni Impresario, avait tellement peur de passer à côté d’une bonne histoire qu’il lisait tout. Parfois il recevait jusqu’à cinquante scénarios par semaine !

Clélia tu as écris autre chose que des romans ?

« Attends-moi mon Amour » est mon premier roman et je crois que je n’aurais jamais osé franchir le pas si mon fils Léon ne m’y avait pas poussée, et tant mieux car ce fut une formidable expérience ce travail à quatre mains. À six mains devrais-je dire puisque nous sommes partis des lettres que le jeune Lino envoyait à sa femme durant la seconde guerre mondiale.

Avant ce premier roman, je me suis principalement consacrée à entretenir la Mémoire de mon Lino de père. À ce sujet, j’ai « quelques » ouvrages à mon actif ainsi que des documentaires dont un qui a reçu le Premier Prix de L’Audiovisuel décerné par le Sénat.  En fait tous ces ouvrages sont pour moi comme une quête et une façon de continuer à faire vivre ce père trop tôt disparu qui me manque toujours autant et que je pleure chaque jour depuis ce jeudi d’octobre 1987…

L’idée de publier elle t’est venue comment ?

C’est un ami qui m’a poussée à le faire et qui m’a présentée à Nicole Latesse à l’époque. Je n’aurais jamais osé le faire de moi-même ! J’ai bien trop peu confiance en moi pour cela !

C’est toi qui conçoit les couvertures de livres ?

On va dire que j’y participe. J’ai des idées bien précises. Maintenant cela dépend de la Maison d’Éditions. Pour « Attends-moi mon Amour » le choix s’est fait en parfaite communion.

Il y a des moments précis où tu écris ?

J’ai une préférence pour écrire très tôt le matin. J’aime le calme de l’aube. L’écriture demande beaucoup de rigueur et en ce qui me concerne, comme je suis quelqu’un de très « distrayable » je deviens un ours (remarque je crois que je le suis en toutes circonstances !) et je m’enchaine à ma table de travail. Je bois des litres de Capuccino et ,soit je souffre horriblement en me disant que je n’y arriverai jamais, soit c’est du bonheur en barre quand la plume est fluide. Le plus dur c’est de savoir s’arrêter. C’est comme un tableau ou même un plat cuisiné : trouver le juste équilibre. Je suis d’une nature perfectionniste, ce qui est très pénible pour les autres et surtout pour moi car je pense qu’il est toujours possible de faire mieux. Mon père répétait à ses Auteurs : « Cent fois sur le métier les gars ! Cent fois sur le métier ! ». C’est une phrase qui tourne en boucle chez moi. Merci papa ! Je n’ai aucune prétention d’écrivain, tout ce que je revendique c’est ma sincérité, mon authenticité et faire du mieux que je peux !

Comment écris-tu ?

Clélia : Eclats de rire !

Assise Margaux ! J’écris assise !

Margaux : j’demande hein parce que notre amie Virginie Jouannet écrit assise sur un ballon:).

Comment te vient l’idée d’un roman ? 

Je parlerais plutôt de traiter d’un sujet qui tient à cœur. Personnellement je tourne toujours autour de l’enfance, de l’adolescence, ces périodes cruciales durant lesquelles se forge l’adulte. La trahison et « le seul contre tous » sont aussi des sujets qui me sont chers. Après ce ne sont pas les idées qui manquent, c’est d’oser s’y attaquer ! Il y a de tant de merveilleux écrivains que j’ai le syndrome de l’imposteur. Remarque… C’est pareil pour la peinture ! Et pour reprendre une parole de mon père, il y a « la bêtise crasse » des gens, leur méchanceté… que je fuis le plus possible. Être « la fille de » est une étiquette bien collante et peu enviable car il y a une chose que je ne m’explique toujours pas et qui est très blessante : sous prétexte que vous êtes « la fille de », vous avez le droit à tout un tas de préjugés absurdes et infondés ! Le plus dur et de se faire reconnaître pour ce que l’on est véritablement en fait. Il m’a toujours fallu en faire dix fois plus que les autres pour obtenir dix fois moins que ces mêmes autres. Et aujourd’hui encore je n’arrive pas à m’y faire !

De qui tu t’inspires pour tes personnages ?

En ce qui concerne « Attends-moi mon Amour », nous sommes partis de personnes existantes dont mon père parlait dans ses lettres à ma mère et avec Léon, nous leur avons créé toute une histoire de vie à chacun pour les « habiller » en quelque sorte. Pour d’autres histoires, pour mes personnages, parfois il m’arrive de penser à des personnes de la vraie vie. Il faut dire aussi que cela dépend de ce que l’on écrit. Par exemple j’ai écrit un court-métrage de fiction qui s’appelle « Les Pigeons » dont le sujet est la journée de travail de deux anges gardiens, et bien pour cela la personnalité deux acteurs principaux ont été une source d’inspiration.

Une dernière question, tu penses que l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Je dirais qu’il est « Essentiel » !!!  Comme tout « Auteur » d’ailleurs qu’il soit écrivain, scénariste, réalisateur, comédien, peintre, artisan. Sans la petite pierre précieuse que tous apportent à leur manière à ce monde, la société ne serait plus qu’une machine monstrueuse dépourvue d’humanité et de sentiments. 

Nathalie et Patrice Bastouil, mes complices du Coin Culturel, on trois questions complémentaires à propos de « Attends moi mon Amour »


Comment avez vous vécu cette histoire épistolaire entre votre père et votre mère, cela ? Cela doit être extrêmement émouvant. Il faut, nous supposons, beaucoup de pudeur et en même temps faire découvrir le maximum de leurs vies amoureuses
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J‘ai mis beaucoup de temps avant de me permettre de plonger dans les lettres de mon père. Puis, au fur et à mesure, plus je les lisais plus mon cœur s’emballait. Je les ai faites lire à mon fils Léon – qui était à l’époque apprenti comédien au Laboratoire de l’Acteur- car je trouvais qu’il y avait matière à en faire une pièce de théâtre autour du thème « le journal d’un jeune homme amoureux ». Après les avoir lues, Léon est revenu vers moi avec l’idée d’en faire un roman. Nous nous sommes donc mis au travail. Le plus dur a été de trouver l’équilibre entre les lettres et la narration, justement par pudeur avec respect. Il était hors de question pour nous du moindre « voyeurisme », mais au contraire de faire un hymne à l’amour, à leur Amour!

Avez vous eu besoin de retravailler l’écriture de ces lettres qui ne sont pas faites au départ pour s’inscrire dans un roman mais plus dans le cours des émotions d’un couple qui vit son amour séparé ?

Il y a plus de trois cents lettres qui ont été notre base de travail pour la narration et celles que nous avons choisies l’ont été avec beaucoup de pudeur et de soin, justement pour respecter le cours des émotions dont vous parlez.  Et tout comme nous l’avons annoncé en préambule de notre ouvrage, certaines ont dû parfois être très légèrement corrigées pour une meilleure compréhension car mon père étant autodidacte, il utilisait parfois des italianismes qui auraient pu troubler la lecture. 

Lino Ventura est une icone du cinéma, un homme éminemment respecté pour ses engagements personnels mais aussi pour ses engagements cinématographiques, il a toujours joué des rôles respectables ne se laissant jamais aller à la facilité du sexe ou du scabreux. Comment vivez-vous les critiques qui disent ne pas ressentir la force de l’homme et de l’acteur dans ce roman ?

Je répondrais que je suis sincèrement désolée que ce roman vérité parlant d’amour n’ait pas su répondre à leurs attentes. Je pense aussi qu’ils se sont mépris sur nos intentions, et il n’a jamais été en rien question de traiter de l’acteur ici ! Et effectivement s’ils pensaient retrouver l’Inspecteur Vergeat ou même Fernand Naudin, il est sûr que cette histoire de jeune homme amoureux ne pouvait que les laisser sur leur faim. Je me permettrais une petite chose tout de même : ceux qui disent ne pas ressentir la force de l’homme me laissent quelque peu perplexe… La force de l’homme ne trouve-t-elle pas son chemin à travers les failles de la fragilité ? Quant à la persévérance dont le jeune Lino fait preuve, le seul contre tous qu’il subit durant cette période – et qui le caractérisera plus tard dans ses choix de rôles puisque pour certains il faille absolument relier le jeune Lino à Lino Ventura-, risquer le peloton par amour, si cela ce n’est pas là de « la force », alors je ne sais comment cela peut s’appeler ? Que ces personnes me le disent, parce que, en tant que femme, je ne vois pas !

Clélia je te remercie pour ta gentillesse, ton authenticité et le temps que tu as passé pour les lecteurs du blog. Merci mille fois. Je vais clore par un ultime exercice : le questionnaire façon Amélie Poulain.

Tu aimes

Le Cappuccino (ha bon ? lol…je n’avais pas remarqué !)

Dire bonjour aux  fleurs le matin (oui aussi)

Plonger dans rouleaux de l’Atlantique (pas moi j’ai peur des méduses)

Regarder les étoiles (ça m’arrive aussi)

Les nounours en chocolat (itou…d’ailleurs il faut prévoir un gros paquet pour quand on va se voir)

Les marches en forêt (aussi…avec le silence qui s’y accompagne. Et puis faire des bisous aux arbres)

Tu n’aimes pas

Les faux-culs et les faux-semblants (soupir…tout pareil)

La mauvaise foi et le mensonge (hélas…)

Le manquement à la parole donnée (Oui alors là on est pareilles. Ca peut se finir à coups de pelle ça)

L’injustice (hélas)

Les pellicules sur un costume et l’odeur de poireau (l’odeur du poireau l’hiver dans un cuisine aux vitres embuées…pouark heuuuu)

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Lino & Clélia Ventura

Archives personnelles de Clélia Ventura