Le Dernier Salaire, souvenirs épars

12375087_418267275037346_1717125476801209801_o

http://archipel-des-sans-voix.fr/samedi-05112016-reunion-publique-a-paris-des-sans-voix-proposent/

Publicités

Conférence du 5/11/2016 – Archipel des sans-voix

Samedi 5 novembre 2016, au siège du Grand Orient de France à Paris 9e, devant un public de 200 personnes intéressé et désireux de mieux comprendre leurs difficultés et leurs propositions de solutions  des Sans-Voix ont témoigné de leurs parcours et proposé des solutions qui leurs tiennent à coeur.

http://archipel-des-sans-voix.fr/samedi-05112016-reunion-publique-a-paris-des-sans-voix-proposent/

 

 

 

Chère Marthe,

Malgré le changement d’heure, le soir tombe doucement si l’on prend le temps d’observer la nature.

C’est ce que j’ai fait ce soir. Je suis restée sur la terrasse et j’ai  regardé le jardin s’endormir doucement, j’ai écouté les oiseaux, j’ai lu dans le ciel tous les messages que vous laissez pour nous.

Il y a eu un vol de grues magnifique ! Le plaisir est de les entendre, au loin, puis de les attendre patiemment. Et la récompense arrive. Elles sont là au-dessus de nos têtes, formant un « V  » magnifique. Quelle émotion de les voir, de les entendre. Le jour elles planent souvent mais la nuit, ho la nuit, j’adore entendre leur vol battu.

Catherine Rechenmann a dit un jour à propos des grues, cette phrase bouleversante :

Le 1er vol de grues est toujours émouvant ! Depuis que l’homme est sur terre …horloge immuable

 

http _le-castor-enerve.fr_images_look_070304gruescendrees

Chère Marthe, le

945504_448531242010949_8648352870417452274_n

 

Chère Marthe,

J’ai un oncle exceptionnel. Je vous raconte. Son malin plaisir lors des repas de famille durant, il cache mal son ennui, aime bien à la fin du repas lancer une question sur un sujet.

Mais un sujet qui fâche.

Je vous vois froncer les sourcils et me demander « quel style de sujet qui fâche, Laure  ? »

Et bien du style suivant.

Pendant le repas, tout le monde s’est abstenu de parler politique car tout le monde sait que ce sujet fâche et peut amener à des empoignades verbales.

Et mon Oncle, l’air de rien, lance une question sur la politique du jour avant de filer, dans la cuisine où exceptionnellement il se livre à faire la vaisselle, le nettoyage, etc…

Puis il bourre sa pipe tranquillement, comme dirait sa mère, donc ma grand mère, « c’est pas un rapide entre deux gares », et revient s’assurer que tout le monde se met bien sur le museau comme on dit chez moi…

Je l’aime bien mon Oncle vous savez Marthe. Je vous parle de ça parce-qu’à midi toute la tablée réunie pour le 1er novembre, n’attendait que ça.

La question qui fâche…

Voilà ça c’est fait je me venge de toutes les fois où il me plantait une poupée sans tête sous le nez pour me faire peur

 

Chère Marthe, toujours le 1er novembre

945504_448531242010949_8648352870417452274_n

Chère Marthe,

Il en arrive de drôles vous savez aujourd’hui…

Léa en voulant s’attaquer à un merle est tombée sur un os.

Enfin non sur des plumes.

Je n’avais encore jamais vu un merle déplumé sur un côté et pas l’autre.

On dirait un oiseau tribal, genre Mohican. Du coup ça donne un Merlican.

J’espère que sa femme et ses enfants vont le reconnaître et ne pas le chasser du nid.

 

https _i.ytimg.com_vi_PPZ3UnpB8ew_hqdefault

Chère Marthe, le 1er novembre

945504_448531242010949_8648352870417452274_n

 

Chère Marthe,

Je suis allée au cimetière aujourd’hui. Je sais vous me l’avez souvent dit la fête des morts n’est pas le 1er mais le 2 novembre.

Et pourtant comme chaque année, je fais mon tour au cimetière chaque 1er novembre.

J’ai croisé du monde ce matin vous savez Marthe. Ce n’est pas l’endroit propice à la rigolade mais devinez qui j’ai croisé ?

J’ai croisé Lulu. Vous vous souvenez Lulu ? Mais si ! 

Celui à qui on disait « tu veux un p’tit Lu, Lulu  » en se marrant.

Bon ben aujourd’hui il m’a répondu :  » touillou ». J’ai pas compris. Je suis restée comme deux ronds de flan et, perplexe, je suis remontée en voiture. Qu’a t’il voulu dire ? « Touillou, touillou St Tropez » peut-être ? Non ça peut pas être ça.

 Pourquoi Lulu a t’il  répondu « touillou » ?

J’ai mis ça sur le compte de l’émotion.

Il sortait, comme moi, du cimetière ce qui n’est pas donné à tout le monde. En général quand on y entre, il y a peu de chances d’en sortir on est d’accord. Sauf un 1er novembre, jour où il a plus de vivants au cimetière que de morts.

Je sais, je fais de l’humour noir…mais aujourd’hui j’ai le boyau de la rigolade. Ne me demandez pas pourquoi.

Bref, en rentrant à la maison j’ai cherché « touillou » sur le net.  Rien trouvé.

Je suis sortie dans le jardin pour prendre l’air, c’est là que j’ai vu le Merlican, dont je vous reparlerai. Et puis j’ai eu une étincelle ! Je suis rentrée et j’ai tapé « Petit beurre  » et là j’ai trouvé « Touyou ».

Et j’ai compris que Lulu avait voulu faire de l’humour. Sauf que cette réponse, « Touyou », s’applique si on pose cette question

Connais-tu le pluriel de petit beurre ? Non ? C’est « des touyous ».
–Ah bon ?:confused:
–Un p’tit beurre, des touyous.

Happy birthday to you…

Rien à voir avec « Tu veux un p’tit Lu, Lulu ? ». Pauvre Lulu, il me fait de la peine. J’aurais dû comprendre, rire avec lui. Alors j’ai décidé que quand je le reverrai, je lui raconterai l’histoire du Petit-Beurre.

Le Petit-Beurre compte  52 dents (en comptant les quatre grosses des coins), ce qui représente les 52 semaines de l’année. Les quatre « oreilles », elles, symbolisent les quatre saisons. Et les 24 points qui le perforent évoquent les 24 heures de la journée. L’idée est donc que le Petit-Beurre est un biscuit qui peut se manger à toute heure de la journée, toute l’année.

 

http _img.bfmtv.com_c_1000_600_cf6_666f91a7a1425c6bed18798ac3d9a.jpeg

Chère Marthe, le 22 septembre

945504_448531242010949_8648352870417452274_n

 

Chère Marthe,

J’ai fait un brin de rangement dans votre salle de bains.

Que j’aime parcourir les étagères de mes mains, saisir les flacons, les ouvrir, en respirer l’odeur et puis les reposer là où ils étaient.

En général vos flacons sont encore un peu rempli. Mais là j’ai saisi un flacon d’eau de rose vide et pourtant, pourtant, l’odeur est si tenace.

Je suis allée voir dans votre petit livre, là où vous avez noté vos meilleures recettes de beauté et j’ai trouvé ceci :

 

Choisir 100 g de boutons de rose ou de pétales de rose
Récolter 250 ml d’eau d’eau de pluie

La veille

Mettre les boutons de rose dans une casserole, verser l’eau bouillante dessus et recouvrir. Laissez infuser toute la nuit.

Le matin

Filtrer l’eau de rose en écumant les boutons puis la filtrer  à nouveau à l’aide d’une gaze de coton

Verser l’eau de rose dans des bocaux stérilisés fermés hermétiquement

 

 

 

 

Chère Marthe, le 12 septembre

 

945504_448531242010949_8648352870417452274_n

 

Chère Marthe,

Je ne sais pas si c’est la chaleur mais je suis complètement à l’ouest comme on dit.

A midi, j’ai mangé avec des amies rejointes sur leur lieu de travail. J’adore manger avec elles, vous le savez, et j’adore ce self. Je sais que ça va être un moment de bonheur et de complicité.

Au moment de payer, je vois tout le monde rire mais rire. Je me demande ce qui se passe et je regarde autour de moi. Rien. Quand soudain je lève la tête vers le caissier et là je vois sa tête….Ce n’est pas carte bleue que je tends mais mes lunettes.

J’avais préparé ma carte bleue dans une poche, mises mes lunettes dans l’autre. Et bien il a fallu que ce soit ça que je sorte.

 

Chère Marthe, le 31 octobre

945504_448531242010949_8648352870417452274_n

 

Chère Marthe,

Franchement parfois je me demande si j’ai bien ma tête. Il m’arrive tellement de choses que je vais finir par en faire un recueil.

Aujourd’hui, j’étais persuadée mais persuadée hein que nous étions le 1er novembre. Jusque là tout va bien.

Mais attendez la suite. Ho je vous vois, vous enfoncer dans votre fauteuil et sourire.

Et bien j’ai allumé la télé et j’attendais.En pyjama. J’ai attendu un bon moment je vous l’assure.

J’attendais…les cérémonies du Centenaire de l’Armistice. Oui Marthe j’ai fait ça.

Etonnée, j’en parle à ma communauté FaceBook qui meurt de rire, dont Olivier mon meilleur ami, qui me dit que d’une part nous sommes le 31 octobre et que d’autre part les Cérémonies du Centenaire c’est le 11 novembre. Le 1er novembre étant la fête des morts.

Du coup, le prenez pas mal Marthe mais j’ai pas eu le coeur à célébrer la fête des morts aujourd’hui. Je n’avais pas envie d’être triste. Mais de rire, oui rire aux éclats

Poussières de toi, de Lily B.Francis

44995431_10214368382947062_5313484327428816896_n.jpg

 

Lily B.Francis, fait partie de ces jeunes auteurs que je soutiens et encourage dans leur démarche littéraire. Elle est, pour celles et ceux qui ne la connaissent pas,  l’auteure de la pétillante saga « Chroniques d’une Princesse Machiavélique ».

Cette fois, la plume fluide et percutante de Lily va s’orner de douleur, de tendresse et de délicatesse  pour aborder le thème de l’IMG (Interruption médicalisée de grossesse)*

On entre de plain-pied dans le roman le jour où, dans une salle d’accouchement, Alice ne va pas donner la vie mais recevoir la mort. Car l’enfant qu’elle porte, qui vivait en elle, qu’elle a senti bouger, est atteint d’une malformation et vient de mourir au moment où Alice se rend à l’hôpital pour faire cette IMG.

On pourrait se dire que tout est bien qui finit bien, que ce bébé ôte à sa Maman la culpabilité de le « tuer » pour lui éviter une vie de souffrance.

Mais non…

Au contraire. La mort de cet enfant va entraîner Alice dans une spirale infernale. Elle culpabilise, se persuade que si l’enfant est malformé, s’il est mort c’est que la Nature l’a puni. Elle l’a puni de ne pas être heureuse et de chercher le bonheur dans une histoire d’amour qui n’a jamais existé et qu’Alice fantasme.

Et pourtant Alice vit avec, Loïc, un garçon qui l’aime. Mais pas assez. Pas comme elle voudrait. Pas comme il faudrait qu’il l’aime. Parce que dès le départ, les dés sont pipés. Loïc est un pansement sur cette plaie béante qui ne se referme pas. Même pas tout doucement. Loïc est un pansement qui se décolle trop souvent à son insu.

Parce-que lui il l’aime son Alice. Inconditionnellement. Si, à aucun moment, les sentiments de Loïc ne sont abordés ni même effleurés, la plume de Lily nous amène à considérer Loïc comme un garçon qui voit « clair », qui « sait », qui « se bat » à sa façon pour prouver à Alice qu’il est là. Qu’il est celui qu’il lui faut. Qui sera son soutien, sa béquille, son amoureux.

Cet enfant qu’ils avaient décidé de faire, ou plutôt qu’Alice a décidé de faire, aurait été la clé de voute de leur amour. Mais voilà, l’enfant n’est pas viable.

Après la mort de ce bébé,  Alice tente de se reconstruire. De balayer d’un revers de la main, ses idées noires, négatives qui l’entraînent vers des fonds abyssaux où se mêlent morale, amour, famille, amitié,  dans cet océan agité qu’est devenue sa vie. Alice se débat, tente de ne pas se noyer, cherche la rive. Cherche le sens de la vie. Et les vagues la ramène vers le fantôme de cet enfant dont elle n’a pas fait le deuil.

C’est là que  surgit la difficulté du deuil péri-natal.  Le deuil de cet enfant qui, parce-qu’elle ne l’a pas vu, touché, parce qu’elle ne lui a pas dit « au revoir », « je t’aime », « pardon » n’est pas tout à fait mort dans sa tête.

C’est au seuil de sa seconde grossesse, qu’Alice va entamer un long et douloureux travail de deuil. Après un presque déni de grossesse, Alice va réaliser qu’accueillir ce nouvel enfant ne se fera pas sans qu’elle ait accepté la mort  de l’autre enfant.

Ce récit est magnifique, ponctué de petites aventures succulentes malgré la difficulté du sujet, car la vie continue et Alice le sait. Elle se donne les chances de vivre. Malgré tout. Parce que la vie l’emporte sur tout.

C’est un beau roman que je vous recommande de lire si vous êtes intéressé par le sujet, si vous avez vécu cette épreuve.

Lily vous amènera vers le chemin de l’acceptation, de la guérison et enfin de la paix.

Pour ma part, je citerai  Marie- Frédérique Bacqué, Psychanaliste

« Tout le travail du deuil va alors consister à desceller son destin de celui du disparu, en élaborant un nouveau lien avec lui.  Traverser ce moment pour revenir à la vie n’est pas abandonner ou oublier l’être que l’on a perdu. C’est lui donner une nouvelle place en soi, une place qui ne nous empêche plus de vivre, d’aimer et d’agir.

Le travail du deuil est incompressible, on ne peut ni l’accélérer ni sauter des étapes. Il ne connaît pas le temps, il a ses tours et ses détours, ses haltes, on ne peut que se rendre disponible pour ne pas entraver ses mouvements. »

www.lilybfranciswordpress.com

 

L’IMG peut être réalisée :

  • si la grossesse met gravement en danger la santé de la femme enceinte,
  • ou si l’enfant à naître est atteint d’une affection particulièrement grave et incurable.

Chère Marthe, le 7 octobre

Aujourd’hui je me suis promenée au Jardin Public. J’ai avancé doucement le long des allées, il me semblait que quelque chose de fragile et doux à la fois, flottait dans l’air, m’enveloppait.  On dit du Jardin Public de Bordeaux qu’il en est l’âme.

J’aime à y venir pour fuir la foule. Je me sens parfois perdue vous savez Marthe,  parmi d’autres gens, je me sens si seule. 

Alors souvent je vais respirer, marcher calmement au Jardin Public.

Les statues me regardent de leurs yeux vides. Aveugles. Depuis combien de siècles regardent elles les femmes errer dans les allées de ce Jardin ?

J’ai subitement eu envie de saisir la main d’une femme qui était assise sur un banc, juste pour avoir ma main enlacée dans celle d’une autre.

Toutes les femmes de la terre devraient porter votre prénom, avoir votre regard, votre élégance de pensée.

Loin de vous, sans vous Marthe le temps qui reste à faire me parait long et me fait peur.

 

https _www.33-bordeaux.com_jardins_jardin-public_images_statue-jardin-public-06.jpg