Le Dernier Salaire, souvenirs épars

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Conférence du 5/11/2016 – Archipel des sans-voix

Samedi 5 novembre 2016, au siège du Grand Orient de France à Paris 9e, devant un public de 200 personnes intéressé et désireux de mieux comprendre leurs difficultés et leurs propositions de solutions  des Sans-Voix ont témoigné de leurs parcours et proposé des solutions qui leurs tiennent à coeur.

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Chère Marthe, le 1er octobre

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Chère Marthe,

Votre grand petit Charles, comme vous le surnommiez affectueusement, s’est éteint ce matin. Je n’avais pas envie d’utiliser de détours pour vous le dire. Vous aimiez sa franchise, son talent, sa force de caractère, son parcours. Vous adoriez, me disiez-vous, sa voix feutrée, ce timbre inimitable. Je me souviens que vous évoquiez souvent son parcours incroyable  tellement ce garçon ne réunissait rien pour parvenir à la gloire. Mais, me disiez-vous, le voir sur scène était une véritable représentation tant il mimait ses chansons, les vivait. 

Alors voilà je vous le dis sans détours, votre grand petit Charles est mort.

Durant plusieurs jours, les télés et radios nous ont rappelé à son souvenir. Lui qui était là, parmi nous depuis si longtemps, s’en est allé discrètement dans son sommeil. La nouvelle est tombée tellement inattendue car quelques jours plus tôt il participait à une émission durant laquelle il jurait vouloir vivre jusque cent ans passé…D’ailleurs il en avait fait la promesse à sa sœur.

Charles Aznavour ce monstre de la chanson française. Ce chanteur que vous aimiez tant.

Vous m’avez dit être allée le voir en concert à Paris, dans les années soixante et que vous le trouviez beau. Alors j’ai cherché sur le net et j’ai trouvé ceci…

 

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Chère Marthe, le 13 octobre

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Chère Marthe,

Je me trouvais au jardin ce matin, occupée à rabattre les pivoines, lorsque j’ai entendu des enfants chanter. Étonnée, j’ai lâché mon ouvrage pour les suivre des yeux.

Ils étaient trop mignons, je vous jure Marthe. Si vous les aviez vus avancer paisiblement, en rang par deux, se tenant par la main. Ils chantaient si bien, et si sérieusement. Oui sérieusement. Ils s’appliquaient à bien chanter. C’était assez surprenant, Marthe…Ils semblaient emprunts de gravité et de douceur mélangés.

Cette chanson m’a ramenée des années, que dis-je, des décennies en arrière. Elle me faisait pleurer étant enfant. Je n’en comprenais pas bien les paroles mais la mélodie me rendait mélancolique. C’est étrange comme sentiment en fait. Un mélange de nostalgie, de douceur, de gravité.

Depuis le jardin de La Grande Maison, j’ai regardé et écouté les enfants. Ils chantaient la chanson en  canon ce qui la rend encore plus profonde. Quelques feuilles tourbillonnaient autour d’eux, une pluie fine commençait à tomber. Comme dans la chanson…

François est sorti de la maison la main en visière. Il a suivi les enfants des yeux, jusqu’à ce que son regard soit d’eau claire.

C’est vraiment la fin de l’été cette fois Marthe…

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Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent,
Colchiques dans les prés : c’est la fin de l’été

La feuille d’automne emportée par le vent
En ronde monotone tombe en tourbillonnant

Châtaignes dans les bois se fendent, se fendent
Châtaignes dans les bois se fendent sous les pas.

Nuages dans le ciel s’étirent, s’étirent
Nuages dans le ciel s’étirent comme une aile.

Et ce chant dans mon cœur murmure, murmure,
Et ce chant dans mon cœur appelle le bonheur.

Chère Marthe, le 3 octobre

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« Seul l’arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car c’est dans cette lutte que ses racines, mises à l’épreuve, se fortifient. »

 

Chère Marthe,

Décidément Sénèque est mon ami. J’aime sa sagesse, ses réflexions. J’y puise ma force très souvent. Celle de continuer.

L’été s’en est allé, sur la pointe des pieds sans que l’on s’en rende vraiment compte  tellement il a fait chaud. La chaleur ne cède pas en journée malgré l’automne déclaré. Le ciel revêt de drôles de couleurs après que la lumière poudrée s’estompe.

Et puis la nuit tombe, brutale, nous rappelant que l’automne est bel et bien là.

Voyant cela, François a rentré du bois en prévision. Un soir, il a allumé le premier feu de la saison dans la cheminée de la Grande Maison jusque là désertée. Nous avons repris nos habitudes tous les deux assis devant l’âtre. Lui écoutant de la musique, la tête en arrière, les yeux clos, ses grandes jambes allongées sur le canapé, et moi lisant. Je cherche des recettes dans votre livre de cuisine car je me suis mise en tête de faire de la cuisine ancienne.

Hier je suis allée me promener le long du Canal latéral à la Garonne. J’y ai vu de jolis arbres, grands, puissants, j’allais dire rieurs. Peut-on dire d’un arbre qu’il est rieur ? Je m’interroge. En tous cas, ce que je peux vous dire Marthe, c’est que quelques gouttes d’or sont accrochées sur ces arbres centenaires. Sous peu, les gouttes d’or seront rattrapées par des feuilles couleurs de feu. Ce sera magnifique. Et puis un peu plus tard, sous le vent mauvais, les feuilles seront balayés laissant les arbres dénudés.

Les trouverai-je toujours rieurs ?

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Chère Marthe, 5 octobre 2018

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Chère Marthe,

Depuis plusieurs années, j’avais une mélodie en tête. Une mélodie douce, mélancolique mais entêtante. Je me demandais si j’avais inventé cette mélodie, ou si je l’avais entendue quelque part.

J’ai demandé à François s’il pouvait me composer le morceau sur le piano du salon. Vous savez, votre piano. Bien sûr que vous savez de quel piano je parle. Je suis sotte. Mais je voudrais tellement qu’un jour vous me répondiez. Je voudrais tellement entendre encore une fois votre voix Marthe.

François m’a regardé étonné, a levé les yeux au ciel, haussé les épaules, et est sorti. Je n’aurai donc pas cette mélodie figée pour l’éternité, pensais je. Du coup, je la fredonnais sans cesse afin de ne pas l’oublier, et je me suis même enregistrée. Bon le résultat n’est pas fameux, je ne me suis même pas reconnue c’est vous dire. Alors j’ai essayé de  siffler. Je vous épargne le résultat…

Il y a quelques jours, j’allume la télé et je tombe sur un film de Lelouch, « Un Homme et une Femme ». Immédiatement, je suis télé transportée en 1966. Je pense à mes parents parce que je crois les voir, mais en double.

Maman avec mon nouveau Papa. Papa avec ma nouvelle Maman.

Mais à travers mes larmes, je ne vois que Papa et Maman. Je n’arrive pas à voir autre chose qu’eux deux, or si je regarde la date du film force est de constater que Papa et Maman ne font plus qu’un. Enfin je veux dire qu’ils ne sont plus ensemble, ils ne font donc plus, plus qu’un. Je sais c’est confus mais au moment où je regarde le film j’ai six ans. Je regarde les jambes d’Anouk Aimée et je me souviens celles de ma mère. Je vois son sac à main aussi. Le même. Et la coiffure, la même. Et le manteau pareil. Tout pareil.

Si je regarde Jean-Louis Trintignant, je vois mon père. A chaque cigarette allumée je vois mon père. A chaque regard je vois mon père. Trintignant en voiture c’est mon père qui conduit, une cigarette à la bouche. Je vois Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant, partir en voiture tous les deux le dimanche soir et je retrouve la peur, le chagrin qui m’envahissaient chaque dimanche soir, lorsqu’eux aussi Papa et Maman,  partaient.

Alors c’était ça ? Mon Papa et ma Maman avec leurs nouveaux conjoints avaient donc cette vie de femme et d’homme tiraillés par les sentiments…Refaire sa vie ce n’est simple pour personne donc.

La première émotion passée, celle du choc des souvenirs d’enfant, je redeviens une jeune fille, puis une femme, et enfin une femme seule. Celle  qui rencontre un homme seul.

Et là…Marthe…la musique, celle que j’avais en tête, pas Chabadabada, mais l’autre mélodie…Incroyable, cette autre mélodie est issue d’un « Homme et une Femme ». Je me lève du canapé, je vais voir François à la cuisine pour le lui dire. Toujours aussi aimable il me répond qu’il a autre chose à faire que de lâcher ce qu’il fait pour écouter une mélodie dans un film. Pfff…je ne réponds pas, je le regarde et je retourne sur le canapé.

Blottie dans votre plaid, celui que j’asperge copieusement de votre parfum,  je regarde le film, une boîte de Kleenex à portée de mains.

En noir et blanc, je vois le Pont de St Cloud, celui que nous empruntions pour aller à Deauville. Je revois les planches, la plage, le restaurant. Je vois quelques week-ends d’enfance défiler sous mes yeux…des week-ends longs à mourir pour moi. Des week-ends où tous les amoureux  se retrouvaient à Deauville. Mais souvent il pleuvait. C’est étrange je n’ai que des souvenirs en noir et blanc et il pleut à Deauville.

Et puis soudain, ce n’est plus un film que je vois. C’est une ode à la vie. Une ode à l’amour. Je vois la pudeur , la douceur, la timidité des sentiments. Je vois une main, celle de Trintignant, qui s’enhardit qui veut mais n’ose pas frôler celle d’Anouk Aimée. Je vois une main, dans l’obscurité de l’habitacle d’une voiture, qui s’enhardit de nouveau et finit pas se poser sur celle de la jeune femme. Je vois les cils d’Anouk Aimée qui battent comme un cœur affolé.

Et puis j’entends la voix de Trintignant dans la nuit. Cette voix si belle, si singulière. Cette voix qui interroge la nuit de ses sentiments, qui interroge son cœur,  qui cherche à se convaincre.

Peut-on rejoindre une femme qui vous envoie un télégramme disant « Je vous aime ». Trintignant félicite le courage de cette femme, celui de toutes les femmes. Celles qui osent. Et puis plus tard, lorsqu’il aura rejoint Anouk Aimée c’est une biche aux abois, affolée par ces sentiments inattendus qu’il va retrouver hors de la zone de confort de Deauville où nait leur amour. Il s’interroge sur la nécessité de se débattre dans les marécages de leur vie, ces marécages qui les empêchent d’être heureux.  Les marécages dont on ne se sort pas, et qui font que notre passé nous bloque au lieu de nous permettre d’avancer.

Ce passé là ne sert à rien s’il est un obstacle à la vie à venir. Sur la vie à vivre.

Je ne peux m’empêcher de penser à François. Sur son éternel combat. Dans ses éternels marécages, qui malgré son souhait d’être heureux, l’empêchent d’avancer.

Au moment où le film s’achève, je lève les yeux et je le vois mon beau François.

Il est là debout devant moi appuyé sur le chambranle de la porte. Ses cheveux plus blonds que blonds, les yeux rougis. Nous nous regardons timidement dans le calme de la maison. Sa voix à lui s’élève pour me dire « tu comprends pourquoi je ne veux pas regarder ce film ? ».

Oui je comprends François. Mais il faut avancer. Sinon notre passé n’aura vraiment servi à rien. Le passé ne doit pas nous empêcher de vivre.

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Chère Marthe, le 30 septembre 2018

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Chère Marthe,

Léa n’en finit pas de vous attendre, assise sur le haut des marches, face à la grille.

Je sais que vous ne reviendrez pas. Je le sais bien mais, parfois, je me prends à espérer que ce sont vos pas que j’entends. Je me prends aussi à espérer que c’est vous que Léa voit et que c’est pour ça qu’elle reste assise ce qui me paraît des heures, à attendre. Peut-être lui parlez vous comme vous le faisiez avant…

Peut-être oui.

La nuit tombe vite Marthe. J’ai tellement de choses à vous raconter vous savez. Je ne sais pas où envoyer mes lettres. Tout à l’heure je regardais les nuages. Certains ressemblent à des îles qui, poussées par le vent, voyagent à travers le monde.

Peut-être êtes vous sur l’un de ces nuages.

 

 

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Chère Marthe, le 16 septembre 2018

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Le temps passe à une vitesse incroyable. Je ne vois rien des jours et des semaines qui passent malgré vos conseils de bien ouvrir les yeux et de tout regarder du film de ma vie.

François a fait un aller-retour rapide au Sénégal pour ramener le petit garçon aux boucles frisées qu’il tenait à la main lors de son retour. La maman de Pierre, il s’appelle Pierre, c’est joli vous trouvez aussi j’en suis sûre, l’avait confié à François car elle devait être hospitalisée un long moment.

Nous avons gardé Pierre une belle année.

Un joli cycle de quatre saisons durant lesquelles j’ai mitraillé Pierre de photos un peu comme s’il était notre enfant.

J’ai dû faire de gros efforts pour ne pas trop m’attacher à lui et me souvenir qu’il a une maman et qu’elle nous l’a confié pour un temps. Pas pour la vie.

J’ai aimé ce petit garçon aux yeux noirs, à la peau caramel foncé et au nez fin. Les Sénégalais ont souvent le nez fin, paraît-il. Moi je n’ai pas cherché à savoir pourquoi. J’ai ouvert mes bras, mon cœur. J’ai fait tout ce que je pouvais pour que ce petit garçon comprenne qu’il retrouverait sa maman. Et il l’a retrouvée.

Mais quelle belle année nous avons eue, Chère Marthe. J’ai le cœur serré, je dois vous l’avouer, à me souvenir de François le prenant par la main pour l’emmener à travers les vignes, s’accroupir devant lui, lui expliquer, lui dire le travail de la terre, la sueur dépensée sans compter pour faire du bon vin. Pierre retient bien. Il aime notre terre, et quelque chose me dit qu’il va réapparaître. Ce ne sont ni mon cœur, ni mon envie de le voir revenir qui parlent, mais l’intuition féminine.

Au moment où je vous écris, je suis assise au salon tout près de l’horloge et de la pendule qui lui répond en écho. Je ne peux pas manquer l’heure du thé !

J’attends François. Je vais et je viens du fauteuil à la fenêtre pour voir s’il arrive, mais il n’arrive pas. Vous connaissez François. Je prie pour que ses vieux démons ne le reprennent pas, mais tant que nous serons à l’aube des vendanges, il sera mal, grognon et fragile.

Vendredi, il a fait un échantillon pour connaître le degré du Portan et il a vendangé hier. Il semble satisfait car il a récolté mieux que ce qu’il espérait malgré la grêle.

Mais il reste inquiet, car à partir de la semaine prochaine ce sera le Merlot… et là, énormément de raisins ne se sont pas développés… à cause de cette maudite grêle.

Chère Marthe, je vais vous laisser car je vois enfin François me rejoindre de son grand pas rapide. Mon cœur bat la chamade comme toujours lorsque je le vois arriver. Ses cheveux sont plus blonds que jamais, et son teint buriné fait ressortir ses yeux bleus.

Heu… attendez… je me reprends… ses yeux sont gris… aie aie aie, que s’est-il passé entre Duras et Monteton ?

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Vignes du Domaine de Rau

 

 

 

 

 

Le Portan noir est un cépage originaire de France (Languedoc). Il produit une variété de raisin spécialement utilisée pour l’élaboration du vin. On ne retrouve généralement pas ce raisin à manger sur nos tables.
Ce type de cépage est caractérisé par des grappes de moyennes tailles, et des raisins de moyens calibres.

 

 

Chère Marthe, 9 septembre 2018

 

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Chère Marthe,

L’été poursuit sa route. C’est un été merveilleux et très chaud que nous avons eu là. Les nuits commencent à rafraîchir sérieusement et il nous est agréable de nous glisser sous la couette le moment venu. La nuit tombe très tôt. C’est arrivé d’un coup. Un « pu-pu » s’amuse à chanter dans le jardin. Il me plaît à penser que c’est le même « pu-pu » que l’an passé aussi je suis ravie de me dire que vous l’avez entendu alors je me pose et je l’écoute.

Marthe, aujourd’hui c’était l’anniversaire de Papa. Il aurait eu quatre-vingt cinq ans.

Parfois je caresse sa photo. Je me souviens de mes larmes lorsque ses premiers cheveux blancs sont apparus,  de son regard attendri, de sa main caressant ma joue : « Ne pleure pas ma chérie, les cheveux blancs sont le signe du temps qui passe, celui du cycle de la vie. C’est beau de vieillir tu sais. Ça veut dire que l’on est en vie ». Il est resté en vie le temps qu’il a pu. N’a rien voulu nous dire du mal qui le rongeait, le faisait fondre à vue d’œil. Il s’amusait et disait à Yvonne « Ma chère vois tu, ta cuisine est bonne, délicieuse même, mais je fais régime afin de retrouver ma ligne de jeune homme ». Une jolie pirouette. Mais sa toux, sa si mauvaise toux le  trahissait. Trahissait ce qui allait arriver. Inéluctablement.

Oui il est resté en vie le temps qu’il a pu, celui qui lui a été accordé, et nous avons savouré tous les instants ensemble. Je pense pouvoir dire qu’il est parti heureux dans son beau sourire. Papa, où que tu sois, surement sur un de ces nuages qui ressemble à une île, mes douces pensées vont vers toi.

Le mois de septembre, s’il rappelle des souvenirs heureux, nous amène aussi au temps des confitures…Et cette année, nous en faisons croyez moi, et pas que des confitures. Des bocaux de légumes aussi.

Hier soir nous sommes allés chez Maryse et Romain. Nous y avons passé une soirée délicieuse dans leur jardin au pied du château de Duras ce château qui désormais change de couleur au fil des minutes, à savourer le repas préparé par Maryse. Tout le long de la soirée nous avons évoqué la cuisine. Chacun y allait de sa recette et Dieu sait qu’il y en a. Marie-Jeanne, vous l’avez connue, enfin vous avez bien connu sa Maman Irène, nous a livré quelques secrets de confiture. En partant, Maryse nous a remis les paniers comme elle le fait chaque année. Quel bonheur pour les yeux, l’odorat ! Tous ces fruits, ces belles couleurs, ces bonnes odeurs.

Ce matin j’ai couru dans la cuisine, à peine levée, vers votre livre de recettes et j’ai trouvé cette recette à l’ancienne…Mais d’abord Marthe, je voudrais que vous voyiez votre torchon à votre chiffre et votre passoire…

Je suis certaine que là-haut vous direz à Papa « hé bé té tu vois Charles, ta gamine, elle s’en sort bien ».

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Ingrédients

2 bons kilos de prunes,

2 kilos de sucre

Le jus d’un citron

*-* La préparation *-*

La veille, laver et dénoyauter les prunes. Couper en morceaux et mettre dans un récipient avec le sucre. Mélanger et laisser mariner toute la nuit, ou quelques heures. Les fruits vont rendre du jus et faire fondre le sucre.

*-* La cuisson *-*

Le lendemain, ou quelques heures après : mettre le tout dans la bassine en cuivre, ou la casserole et porter à ébullition sur feu vif, en remuant avec une cuillère en bois pour que le fond n’attache pas. Laisser cuire ainsi pendant 15 minutes.

Baisser ensuite sur feu doux et laisser cuire tranquillement jusqu’à ce que les prunes deviennent translucides et confites. Environ 15 minutes.

Si de l’écume se forme, enlevez-là à l’aide d’une écumoire.

Quand la confiture est cuite, remettre 30 secondes sur feu fort et bien remuer. Fermer le feu.

Mettre la confiture dans des pots stérilisés et bien secs. Fermer le couvercle et retourner les pots à confiture jusqu’à complet refroidissement.

Prenez soin de peser vos fruits une fois dénoyautés, c’est ce poids qui servira de repère pour le sucre. 1 kg de fruits + 1 kg de sucre.

 

 

Ma Mère s’appelle Mélancolie, roman de Loly PK

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J’ai lu plusieurs livres sur le sujet. Celui de la femme battue.

J’ai lu plusieurs livres sur ce sujet parce-que je ne comprenais pas comment, pourquoi, on pouvait accepter ce sort. Comment peut-on accepter de subir cette violence verbale, physique, sexuelle ? Comment les femmes peuvent-elles supporter ce terrorisme   conjugal ? Qu’ont-elles à se reprocher, quelle faute doivent-elles expier pour qu’elles se sentent « obligée » de subir ça ?

Et j’ai lu Ma mère s’appelle Mélancolie de Loly PK. Et une fois de plus, j’ai lu avec stupeur, consternation, quels cheminements, quels renoncements, quelle abnégation mènent à subir, à encaisser les coups jusque, parfois, frôler la mort. J’ai lu pourquoi ces femmes sont amenées à mentir.

Mentir aux pompiers. Ceux-là même prévenus par le mari « Ma femme est tombée, elle respire mal ». Ne pas saisir la perche tendue par celles et ceux, dont le personnel médical, qui ne sont pas dupes, qui veulent aider et qui finissent par renoncer sans doute parce-que, comme moi, ils s’interrogent.

Mentir pour protéger. Ne plus se protéger soi, mais protéger les enfants. Et à chaque fois, ou en tous cas bien souvent, je lis la même chose. Les femmes battues se laissent battre en acceptant leur sort persuadées qu’elles sont d’avoir mérité d’être battues, mais ne laissent pas battre leur(s) enfant(s).

Je ne vais pas faire ici une étude sur « la femme battue » car ce n’est pas le sujet du livre de Loly PK « Ma Mère s’appelle Mélancolie ».

Le sujet est le livre de Loly PK est celui de sa délivrance.

Cette délivrance que sa fille aînée l’oblige à entreprendre car c’est sa fille qui va sauver sa mère de cet enfer. Cette petite môme qui voit sa mère sombrer de jours en jours. Sa mère battue, couverte de bleus mal dissimulés. Sa mère qui ne peut pas marcher parfois mais qui marche quand même. Sa mère qui tombe et qui se relève en se tenant les côtes. Sa mère, enfin, que de nuit en nuit la gosse entend gémir de douleur sous les assauts du mari violeur.

Loly PK écrit avec le coeur. Avec sensibilité et parfois quelques maladresses dûes à l’empressement de raconter. A l’urgence de dire. Et ces maladresses là se lisent avec indulgence. On a envie de prendre la main de Loly, de la garder dans la sienne et de lui dire de prendre son temps. Que c’est un livre, que les personnages ne vont pas partir tout de suite, que cette femme, cette mère, Loly va réussir à la sauver.

Merci Loly. J’ai ouvert votre livre et je n’ai pas pu m’arrêter de le lire.

https://www.facebook.com/loly.koncovsky

Portrait de Julien Sandrel, l’auteur de La Chambre des Merveilles

 

La rencontre avec Julien Sandrel a été un instant de pure magie. Ce garçon gentil, délicat, timide, simple et généreux a accepté ma proposition de portrait le plus simplement du monde.

Nous avons longuement échangé avant de le faire, et Julien a eu la patience de m’attendre, de me répondre. De me répondre encore et toujours avec le sourire.

Je suis très heureuse de vous présenter Julien Sandrel à l’occasion du succès de son livre « La chambre des merveilles » dont Magali et moi ferons une chronique un peu plus tard, pour le moment je vous laisse découvrir Julien.

*-*-*-*-*

Bonjour Julien, pouvez-vous  me raconter comment vous êtes venu à l’écriture et ce que vous avez commencé à écrire ?

J’ai toujours voulu écrire. C’était un rêve de gosse, en quelque sorte. Quand j’étais enfant et qu’on me posait la question rituelle : « qu’est–ce que tu veux faire quand tu seras grand ? », je répondais invariablement écrivain ou metteur en scène.

Cette envie, ce besoin d’écriture est revenu en force il y a deux années de cela. J’ai décidé d’aller au bout de l’écriture d’un roman, j’ai écrit « La Chambre des merveilles », et Calmann–Lévy a décidé de le publier.

Faisiez-vous lire à quelqu’un ce que vous écriviez ou écriviez-vous des choses que vous ne montriez à personne ?

Je suis assez secret, pudique. Seule ma femme était au courant que j’écrivais un roman. Elle m’a encouragé à continuer. Le reste de ma famille ne savait pas que j’écrivais… mes enfants et mes parents l’ont découvert lorsque j’avais déjà signé un contrat d’édition !

Julien, lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent ?

J’ai eu différentes périodes. Je lisais beaucoup étant enfant, un peu moins étant adolescent, mais les livres ne m’ont jamais vraiment quitté.

Aviez-vous des auteurs préférés ?

Enfant, j’adorais Roald Dahl, la série des Six Compagnons ou les BD d’Astérix… Puis j’ai découvert Agatha Christie (que j’aime toujours beaucoup), et via l’école un certain nombre d’ouvrages dits de référence… parmi lesquels j’ai particulièrement accroché à Camus et Maupassant. Mais je n’ai pas d’auteur culte à proprement parler. Aujourd’hui, je lis essentiellement de la fiction contemporaine.

Avez-vous écrit autre chose que des romans ?

Non, mis à part quelques poèmes, étant enfant.

Alors comment vous est venue l’idée de publier ?

J’écris pour raconter des histoires, les partager avec d’autres. J’ai toujours été fasciné par le pouvoir de l’écriture – qu’il s’agisse de romans, de films, de musique. J’aime me laisser emporter en tant que lecteur ou spectateur, dans une histoire, un univers avec des personnages auxquels je m’attache et qui me font vivre des choses que je ne vivrais pas dans la vraie vie. J’aime m’abandonner aux émotions. L’écriture a ce pouvoir de créer des émotions intenses, uniques, c’est ce qui m’intéresse. Aussi je n’ai jamais vraiment envisagé d’écrire seulement pour moi. J’ai toujours eu la publication en ligne de mire.

Est-ce vous qui concevez vos couvertures de livres ?

Pour « La Chambre des Merveilles », oui c’est le cas. J’ai tout de suite eu cette idée de l’explosion de pigments colorés, qui fait référence à un passage du livre. J’ai fait une sorte de photomontage sur mon ordinateur, je l’ai envoyé à mon éditrice, et elle l’a tout de suite beaucoup aimé. Par la suite, une talentueuse graphiste a transformé mon idée de départ en quelque chose de nettement plus beau ! De nombreux lecteurs me disent qu’ils aiment cette couverture, et que pour eux elle reflète très bien l’explosion d’émotions ressentie tout au long du roman. J’en suis absolument ravi.

Julien, j’aimerais que vous me parliez de vos romans.

Je n’en ai publié qu’un pour le moment ! (mon prochain roman paraîtra courant 2019).

« La Chambre des merveilles », c’est le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves, en les lui racontant, en les lui faisant vivre par procuration… en se disant que s’il entend ses incroyables aventures, peut–être que ça lui donnera envie de revenir à la vie.

Clairement l’histoire de cette maman, Thelma, c’est l’histoire d’une transformation, une sorte de parcours initiatique, à près de 40 ans. Après l’accident de son fils, les cartes de la vie de Thelma sont rebattues. En vivant les rêves de son fils, Thelma se découvre elle-même, se comprend mieux, s’écoute mieux aussi. Cet événement la force à se poser les bonnes questions sur « les choses importantes de sa vie », à se réinventer.

J’ai eu envie de parler de tout ça avec une tonalité à la fois grave – car le point de départ est un événement dramatique – et légère. Avec un petit grain de folie, à travers les folles expériences qu’un adolescent de 12 ans peut avoir envie de vivre… parce que la vie c’est ça aussi. On n’écoute pas suffisamment l’enfant, l’adolescent qui sommeille encore en nous, pourtant qu’est–ce que c’est bon de lâcher prise !

Avez vous déjà eu l’occasion d’être invité en tant qu’écrivain à l’étranger ?

En Belgique seulement. Mais mon livre est en cours de traduction dans 23 langues désormais… alors je ne désespère pas que l’on m’invite quelque part 😉 … d’autant que j’adore voyager et donner envie de voyager. Après avoir lu « La Chambre des merveilles », un certain nombre de lecteurs ont très envie de découvrir Tokyo… c’est formidable de parvenir à transmettre son amour d’une ville.

Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ?

Mes parents sont des lecteurs occasionnels de romans, mes frères aussi. Je crois bien que j’ai toujours été le seul lecteur régulier à la maison ! En revanche il y avait toujours beaucoup de journaux et revues, de toutes sortes.

Y a-t-il des moments précis où vous écrivez ?

J’écris désormais plutôt aux « horaires de bureau » car je me consacre à l’écriture, depuis quelques mois. Lorsque j’ai écrit La Chambre des merveilles en revanche, je travaillais à temps plein et voyageais beaucoup. J’ai donc essentiellement écrit ce roman le soir, le week–end, pendant mes vacances.

Comment écrivez vous ?

Je n’ai pas de rituel particulier, mais quelques habitudes. J’écris essentiellement chez moi, la plupart du temps dans mon fauteuil fétiche, mon ordinateur portable sur les genoux. Mais je travaille aussi hors de chez moi, dans des cafés parisiens – et dans ce cas-là en musique…

Comment vous vient l’idée d’un roman ?

L’idée de départ de « La Chambre des merveilles », celle de l’accident, m’est venue un matin alors que j’emmenais mes enfants à la piscine et qu’ils étaient tous les deux en trottinette, sur un trottoir parisien. Je me suis dit qu’ils allaient trop vite. Je me suis demandé à quoi pourrait bien ressembler ma vie s’il arrivait quelque chose de terrible à l’un d’entre eux. La réponse m’est apparue comme une évidence. Ma vie ne pourrait plus être la même, jamais.

J’ai eu envie de raconter ça. Comment mon héroïne Thelma, qui pense avoir trouvé un certain équilibre, en menant sa carrière et sa vie de maman tambour battant, voit son monde basculer en quelques secondes. Comment elle se rend compte progressivement que ses priorités affichées ne correspondent pas à ses besoins, ses envies, ses valeurs. Comment elle va devoir progressivement abandonner sa vie de façade pour se reconnecter à ce qu’elle est vraiment.

Sinon, de manière générale, j’ai beaucoup d’idées, tout le temps. Je les note mentalement, ou bien sur un carnet, ou encore dans mon téléphone. Lorsqu’une idée revient, s’accroche, c’est qu’il y a là quelque chose qui m’intéresse. Mon travail consiste plutôt à faire le tri dans toutes ces idées !

De qui vous inspirez vous pour vos personnages ?

Je ne m’inspire de personne en particulier. Les caractéristiques de mes personnages, qu’il s’agisse de leur physique, leur histoire personnelle, leur psychologie… sont systématiquement des mélanges, et je ne saurais les rattacher à une source précise. Je m’inspire de ma vie, de mes proches, de situations vécues, d’observations dans la rue, dans les cafés, les transports en commun, de mes voyages, de l’actualité, de romans, de films, de pièces de théâtre vues récemment…

Une dernière question, est ce que selon vous l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Le premier des rôles, c’est de donner envie de lire. Rien n’est plus démotivant pour un lecteur occasionnel que de refermer un livre en s’étant ennuyé… et rien n’est plus enthousiasmant que d’avoir envie d’en lire un autre, et encore un autre. Je pense fondamentalement que lorsqu’on lit un roman, un récit… on apprend toujours quelque chose : sur soi, sur ses peurs, ses émotions, celles des autres, sur un lieu, une situation, une époque. C’est formidable, la lecture. Il n’y a rien d’autre qui permette d’apprendre autant, tout en ayant le temps de se poser, de réfléchir, de laisser infuser. Alors contribuer au plaisir de lire, pour moi c’est contribuer au plaisir d’apprendre, de réfléchir, de vivre avec plus d’intensité.

 
Le questionnaire façon Amélie Poulain

J’aime écrire, lire, aller au cinéma, passer du temps en famille dans l’effervescence parisienne ou plus au calme au soleil de mon Sud natal, voyager (j’adore Tokyo et Budapest par exemple, ces deux villes dans lesquelles Thelma vit de folles aventures dans mon roman)… Rien de bien extravagant, la vie, tout simplement.

Je ne déteste rien en particulier, je pense qu’il y a toujours quelque chose à apprendre d’une situation difficile. Mais je n’aime ni l’hypocrisie, ni les anchois. Dans les deux cas, j’en détecte la saveur assez vite et m’en éloigne aussi sec !

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Portrait réalisé par Margaux Gilquin avec la complicité de Magali Izard